Le gouvernement sud-africain a confiné ses 57 millions d’habitants depuis le 26 mars. Le pays déplore pour l’instant plus de 1500 cas, pour 9 décès, loin des chiffres de l’épicentre. Le confinement est particulièrement difficile dans les townships surpeuplés du pays. Voici les extraits du journal tenu par des élèves du secondaire et des étudiants du township d’Alexandra à Johannesburg, où au moins un habitant a été testé positif, le 30 mars 2020. Des extraits traduits et adaptés par notre correspondante en Afrique du Sud Valérie Hirsch.

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Jour 0 (jeudi 26 mars)

«Je suis allée faire des courses avec maman dans le centre commercial d’Alexandra. Il y avait de longues files d’attente devant les magasins. Seul un certain nombre de personnes pouvaient y entrer, suite à la décision du gouvernement d’interdire les rassemblements de plus de 100 personnes. Mais dans les files et à l’intérieur des magasins, les gens se pressaient les uns contre les autres.»

Nkateko, étudiante

Jour 1 (vendredi 27 mars)

«Ma mère est décédée mardi, suite à des problèmes cardiaques. Son corps va être rapatrié dans notre village d’origine, au Cap oriental. Mais il semble que nous ne pourrons pas assister aux funérailles, à cause de l’interdiction de voyager. J’espère que cette mesure va être levée. Je suis très triste mais je dois être fort pour ma famille.»

Mdumiseni, étudiant

Jour 2 (samedi 28 mars)

«L’armée est arrivée à Alex vers 15 heures. Les gens étaient massés dans les rues pour voir les soldats, qui les ont chassés, en leur disant de rentrer chez eux. Heureusement, ils n’ont pas dû utiliser de balles en caoutchouc. Mais je peux vous assurer que certains passants ont dégusté des claques.»

Praise, élève du secondaire

Jour 3 (dimanche 29 mars)

«Lorsque nous avons appris, le 5 mars, qu’un Sud-Africain revenant d’Italie était infecté, certains ont commencé à paniquer, d’autres n’ont pas pris la nouvelle au sérieux. Puis, le président a annoncé la fermeture des écoles, le 18 mars. Nous, les élèves de dernière année, sommes devenus très inquiets et avons posé beaucoup de questions à nos professeurs. Puis, le 27 mars, le confinement a commencé pour 21 jours. Mais à Alex, les gens pensent que les soldats sont là pour les chasser des rues, pas pour les sauver!»

Kamogelo, élève du secondaire

Jour 4 (lundi 30 mars)



«Le confinement est difficile pour la plupart d’entre nous. Nos parents ne vont plus travailler. Nous devons rester à l’intérieur. Mais je pense qu’il est sage de prendre ce temps pour réfléchir à la vie et apprendre quelque chose de nouveau.»

Primrose, élève du secondaire

Jour 5 (mardi 31 mars)

«Ce confinement est vraiment dur. Heureusement, mon frère aîné nous a donné de l’argent pour acheter à manger. On nous donne des devoirs à faire mais certains d’entre nous n’ont pas de téléphone, pas d’argent pour acheter des données mobiles ou ne savent pas comment étudier par eux-mêmes. Certains n’ont même pas de télévision. Ils vont dehors pour entendre les nouvelles. Des policiers ferment les petites échoppes d’alimentation, si les commerçants refusent de leur donner des pots-de-vin, alors qu’ils ont le droit de rester ouverts.»

Akani, élève du secondaire

Jour 6 (mercredi 1er avril)

«Le confinement est à la fois effrayant et agréable. Lorsque la police et les soldats arrivent, tout le monde a peur, à cause des punitions qu’ils infligent aux gens qu’ils attrapent dans la rue. Ils ne les maltraitent pas, mais leur font faire des pompes ou les font sauter accroupi. Je pense que les soldats sont très patients car les gens d’Alex ne respectent pas les règles, comme s’ils ignoraient les dangers du virus. Ils disent que «le corona ne touche que les Blancs et ceux qui voyagent» ou «les Noirs ne vont pas attraper cette maladie chinoise» et «ceux qui portent des masques exagèrent».
Le confinement est, en même temps, agréable parce que je peux lire, étudier, regarder des films et passer du temps avec ma famille. Je mange aussi beaucoup, ce qui est un drapeau rouge sur ma santé!»

Sthembile, étudiante

Jour 7 (jeudi 2 avril)

«Les soldats abusent de leur pouvoir parce que les gens d’Alex vivent dans une seule pièce. Imaginez six personnes dans un taudis toute la journée… Les gens moins privilégiés n’ont pas le choix: ils n’ont pas d’espace et doivent aller dehors pour respirer. Les soldats frappent même ceux qui sont tout seuls dans la rue. Ils ne font pas cela dans les banlieues riches. Et puis, les boutiques d’alimentation ont fermé dans ma rue. On ne peut même plus acheter de pain.»

Thulisile, étudiante

Jour 8 (vendredi 3 avril)

CORONAVIRUS,
Tu as pris possession de nos vies comme si elles t’appartenaient,
Tu les as envahies comme si tu avais été invité,
Tu as balayé nos objectifs,
Fait sombrer nos ambitions,
Et nos espoirs se sont évanouis […]
Tu nous as fait passer des nuits blanches,
Car nos esprits sont agités
Africains, unissons-nous pour combattre ce virus,
Travaillons ensemble pour soutenir les malades
Appelons l’esprit d’Ubuntu,
Levons-nous,
Et l’Afrique sera en sécurité!»

Modiehi, élève du secondaire

Jour 9 (samedi 4 avril)

«Ma famille n’est pas sortie, depuis le premier jour du confinement. D’accord, le 31 mars, mon grand-père est allé chercher l’argent de sa pension. Mais il n’a pas fait de courses car les magasins étaient pleins de monde. Nous sommes donc allés faire du shopping aujourd’hui. Je l’ai accompagné car il ne voit plus assez bien pour lire la liste de courses. La queue n’était pas trop longue et comme il s’est mis à pleuvoir, on nous a fait passer devant. Mais les gardes de sécurité ne m’ont pas autorisée à entrer dans le magasin. Mon grand-père a essayé de leur expliquer qu’il avait besoin de moi. Nous sommes repartis bredouilles. Je trouve que ces règles sont trop strictes.»

Seoloana, élève du secondaire

Jour 10 (dimanche 5 avril)

«Je ne peux pas m’empêcher de penser aux enfants qui se sentent plus en sécurité à l’école que chez eux, à cause des abus constants dans leurs familles. Ils n’ont plus nulle part où aller. Le monde n’est plus sûr à cause du virus.»

Laila, élève du secondaire

Jour 11 (lundi 6 avril)

«Avec mes frères et sœurs, nous avons fait des masques en utilisant une bouteille de 2 litres de Coca-cola que l’on a aplatie et découpée. Notre famille respecte les règles de la quarantaine. Mais dans ma communauté, ils ne prennent pas la pandémie au sérieux: pour eux, le confinement ressemble à des vacances.»

Hlanganani, élève du secondaire