Sofia, la capitale bulgare, est en ébullition depuis la découverte, mardi dernier, d'un trafic d'équipements militaires destinés à l'Irak. L'affaire tombe mal pour la Bulgarie, qui attend avec impatience d'être invitée à rejoindre l'Alliance atlantique lors du sommet de Prague, les 21et 22 novembre prochains. Elle a éclaté lorsque des agents de la CIA ont découvert en Syrie un convoi transportant des pièces de rechange pour des blindés, fabriquées par les usines militaires Terem de Bulgarie. Mais la Syrie n'était qu'un pays de transit pour ce convoi dont la destination finale était l'Irak. Selon des sources bulgares, le démantèlement de cette opération a été le fruit d'une coopération entre les services de renseignements américains, britanniques et bulgares.

Que s'est-il passé?

La direction de l'entreprise publique Terem, en complicité avec des officiers bulgares, avait signé un contrat avec la société Poldis, elle-même contrôlée par la compagnie Gef Corporation enregistrée dans un paradis fiscal par un certain Petar Sinapov. Selon les termes de ce contrat, Poldis était censée expédier des pièces de rechange pour des tracteurs à la société syrienne Dery Shipping Lines. Le transport était géré par Nikola Nikolov, le fils d'un officier de l'armée bulgare. En réalité, les pièces de rechange étaient destinées aux blindés irakiens. Bagdad offrait en échange 200 000 tonnes de pétrole par mois qui transitaient par d'autres pays arabes avant de rejoindre la Bulgarie.

Cette affaire, estimée à plusieurs centaines de millions de dollars, est un coup dur pour le roi Siméon II, le chef du gouvernement bulgare. Ces dernières années, la Bulgarie avait amélioré son image et se présentait comme un candidat fiable pour l'OTAN. «Nous avons un problème sérieux», a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Solomon Passi. «Les chances de la Bulgarie d'intégrer l'Alliance atlantique ont beaucoup diminué. Même si la Bulgarie est invitée à Prague, nous allons nous heurter plus tard au vote du Sénat américain qui devra ratifier notre candidature.» Le limogeage du directeur des usines Terem ne semble pas avoir apaisé la colère de l'administration américaine.

Dans la perspective d'une éventuelle intervention militaire en Irak, Washington serre la vis pour empêcher Bagdad de réapprovisionner ses arsenaux. Pourtant, la Bulgarie n'est pas le seul pays qui pose problème. Fin septembre, les Etats-Unis ont accusé l'Ukraine d'avoir vendu des radars militaires à l'Irak. Le président Leonid Koutcma est suspecté d'avoir ordonné personnellement, en juillet 2000, un transfert de radars Koltchouga à l'Irak pour la somme de 100 millions de dollars. Le scandale des ventes d'armes à l'Irak sème aussi le trouble dans la vie politique serbe. Selon des sources américaines, la coopération militaire serbo-irakienne pourrait concerner non seulement des avions Mig-21 et la défense antiaérienne, mais aussi des missiles balistiques pouvant frapper hors d'Irak. La Bulgarie peut ainsi se consoler: elle n'est pas la seule à tremper dans les méandres du commerce d'armes.