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Un train Intercity Express (ICE) de la compagnie ferroviaire allemande Deutsche Bahn.
© RALPH ORLOWSKI/REUTERS

Allemagne

Un train nommé Anne Frank

L’idée de nommer un train à grande vitesse du nom de la jeune fille juive déportée par les nazis suscite un tollé outre-Rhin

A l’origine, la Deutsche Bahn (DB) souhaitait rendre hommage à de grandes personnalités allemandes. Il y a un an, elle avait déjà baptisé un de ses trains du nom de Martin Luther, le père de la Réforme protestante. En septembre, la compagnie ferroviaire est passée à une autre étape. Dans un souci de participation, elle a lancé un appel au public pour trouver des idées de noms afin de baptiser 25 nouveaux trains à grande vitesse (ICE4) qui seront mis en service en décembre. Dix-neuf mille personnes ont répondu et suggéré de manière argumentée 2500 noms de personnalités.

Au mieux, une faute de goût

Vendredi 27 octobre, une commission constituée de responsables de l’entreprise et de deux historiennes a rendu public la liste des heureux élus. A côté de l’actrice Marlene Dietrich, de l’ancien chancelier Konrad Adenauer et des frère et sœur Scholl, héros de la résistance au régime nazi, se trouve Anne Frank, l’adolescente juive née à Francfort-sur-le-Main et connue dans le monde entier pour son journal, découvert à Amsterdam après sa mort dans le camp de Bergen-Belsen. Cette annonce a soulevé un tollé.

Comment peut-on baptiser un train du nom de cette adolescente déportée en 1944, par train justement, comme des centaines de milliers de juifs sous le IIIe Reich? La question revient en boucle dans les journaux et médias sociaux qui déplorent, au mieux, un manque de goût, au pire un manque de respect de la part de la compagnie ferroviaire.

De bonnes intentions

Dans un communiqué, la fondation qui gère le Musée Anne Frank à Amsterdam regrette l’association «douloureuse» faite entre un train et la jeune fille juive, qui «réveille de nouveau la souffrance» des déportés. La fondation reconnaît toutefois que «de telles initiatives reposent souvent sur de bonnes intentions», le nom d’Anne Frank ayant «une très grande force symbolique».

Face aux critiques, la Deutsche Bahn plaide sa bonne foi. Le nom de l’adolescente juive fait partie des suggestions revenant le plus fréquemment de la part du public. La commission mise en place en septembre a ainsi approuvé ce choix à l’unanimité. «Nous n’avons absolument pas cherché à endommager la mémoire d’Anne Frank», argumente la compagnie. «Au contraire, la DB a décidé en pleine conscience d’entretenir le souvenir d’Anne Frank, sur la base de sa responsabilité historique», peut-on lire dans un communiqué.

La Deutsche Bahn rappelle aussi avoir, dès sa fondation en 1994, «porté une attention critique au passé», notamment via un travail de recherche et de mémoire sur la Deutsche Reichsbahn, société ferroviaire allemande qui achemina les trains de la mort durant la Seconde Guerre mondiale.

«Lisez le journal d'Anne Frank»

Que faire désormais face au tollé? Les responsables de la DB disent avoir pris contact avec les organisations de la communauté juive, «prendre au sérieux les réserves» et «reconsidérer leur décision». Certains, assez rares, soutiennent la compagnie ferroviaire, à l’image du ministre-président de la région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. «N’est-ce pas justement à la DB, symbole de la déportation vers les camps d’extermination, d’honorer Anne Frank, la représentante de millions de victimes?» demande Armin Laschet sur Twitter.

Dans les pages du quotidien Die Welt, l’écrivain et journaliste juif Henryk M. Broder appelle, lui, ses «concitoyens à faire une pause dans leur indignation. Asseyez-vous dans le prochain ICE (train à grande vitesse) et lisez le journal d’Anne Frank!» conseille-t-il.

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