Le sort d’un traité européen se joue à nouveau dans les urnes irlandaises. On se souvient de l’épisode «Traité de Lisbonne». D’abord un non, le 12 juin 2008. Puis un oui, en octobre 2009, après l’addition d’un protocole garantissant, entre autres, la neutralité de l’Irlande et son droit de continuer à interdire l’avortement. Un scénario ponctué par la brève émergence d’un leader «noniste» controversé: l’homme d’affaires Declan Ganley, eurosceptique victorieux lors du premier référendum à la tête du collectif «Libertas», puis défait tour à tour aux élections européennes de juin 2009 (aucun élu) et lors du second référendum. Declan Ganley, aujourd’hui, milite de nouveau pour le non.

L’enjeu, cette fois, n’est pas de même nature. Le Traité européen de stabilité budgétaire est un accord intergouvernemental signé début mars à Bruxelles par 25 pays (Royaume-Uni et République tchèque exceptés), et qui sera à coup sûr remanié avant son entrée en vigueur, qui sera possible dès que douze pays l’auront ratifié. Motif? Son objectif de consolidation des finances publiques à «l’allemande», via l’adoption de freins à l’endettement au niveau constitutionnel, est aujourd’hui contesté entre autres en France, où le nouveau président François Hollande milite pour un «pacte de croissance». Ce qui devrait conduire à y ajouter, à l’issue du sommet européen des 28 et 29 juin, un volet sur les investissements européens, voire une mention des euro-obligations comme «perspective communautaire».

Quid, dès lors, du référendum irlandais? En cas de oui, tout restera ouvert. Le peuple ayant autorisé la ratification, le texte du pacte pourra être amendé à la marge dans la mesure où il ne remet pas en cause la souveraineté irlandaise. C’est le scénario souhaité à Bruxelles. En cas de non, le blocage fera mal. D’abord parce que les opposants au traité, à commencer par la France, auront là une occasion en or d’arracher sa renégociation, voire de le torpiller définitivement. Ensuite parce que les séquelles se feront vite sentir du côté des pays du nord. Lesquels, déjà lassés de payer, ne manqueront pas de rappeler que l’Irlande bénéficie depuis décembre 2010 d’une manne européenne de 85 milliards d’euros pour le sauvetage de ses banques. En bref, une crise de plus et de nouvelles convulsions garanties pour l’euro. A deux semaines des élections grecques.