La plupart des signaux en provenance de Damas, comme les déclarations du premier ministre israélien, font soudain entrouvrir une lucarne sur la paix. Le sentiment général veut que cette fois-ci les responsables politiques des deux pays ne tiennent pas à rater l'occasion d'en finir avec l'état de guerre. Le président syrien pense surtout assurer la survie de son régime, le premier ministre israélien, ex-commandant en chef de Tsahal, croit que la paix est le meilleur garant de la sécurité d'Israël. Il y a là une conjonction d'intérêts qui ne se reproduira pas de sitôt.

Syriens et Israéliens en sont restés au ratage de 1995, quand la paix paraissait à portée de main. «Le président Hafez el-Asad a tiré les leçons de son «erreur» de 1995, quand il avait exigé d'Yizhak Rabin, en préalable à toute négociation sur un traité de paix, l'engagement formel du retrait israélien sur les lignes du 4 juin 1967, sur celles d'avant la conquête du plateau du Golan», estime un diplomate jordanien. Selon l'orientaliste Itamar Rabinovich, à l'époque ambassadeur d'Israël à Washington, Yitzhak Rabin refusa de s'engager, mais pour lancer peu après une formule qui fit tilt: «La profondeur du retrait israélien sera fonction de l'ampleur de la paix avec la Syrie.»

Pourtant les Syriens sont catégoriques: «Rabin avait bien laissé entrevoir la restitution de l'ensemble du plateau du Golan en échange d'arrangements de sécurité.» Dans l'esprit des Israéliens, il s'agissait essentiellement d'installer des stations d'alerte, en particulier sur le mont Hermon. De cette montagne décrite comme «l'œil d'Israël sur Damas», on peut effectivement distinguer à l'aide de jumelles militaires les faubourgs de la capitale syrienne.

Récemment, l'ex-premier ministre Benjamin Netanyahou a révélé avoir obtenu au cours de pourparlers secrets «l'assentiment de Damas» au maintien d'une base militaire sur le mont Hermon. Quant aux collaborateurs d'Ehud Barak, ils contestent l'utilité des stations d'alerte en faisant remarquer que les satellites américains sont en mesure d'observer la trajectoire d'une balle de golf.

Le quotidien égyptien Al Ahram annonçait en début de semaine une prochaine rencontre Clinton-Asad. Ce serait là un développement extrêmement significatif! Elle pourrait préfigurer un tête-à-tête Asad-Barak.