La Russie a éprouvé de tout temps mille difficultés à assimiler son immense territoire. Jusqu’à l’année dernière, aussi extraordinaire que cela paraisse, un seul axe terrestre moderne permettait au voyageur de relier sans trop d’encombre Moscou à Vladivostok: le fameux chemin de fer transsibérien. La route, elle, était non seulement mauvaise. Il lui manquait 2000 kilomètres d’asphalte au-delà d’Irkoutsk, entre Tchita et Khabarovsk, aux confins de la Mandchourie. Or, le goudronnage de ce dernier tronçon a été achevé l’an dernier. Ce qui signifie que cette traversée est désormais envisageable non plus seulement en train mais aussi en bus et en voiture.

Cet axe est un exploit d’ingénierie mais pas seulement. Il est aussi une initiative géopolitique de première importance. Son artisan, l’ancien président et actuel premier ministre Vladimir Poutine, en avait fait l’une des priorités de ses mandats successifs. Objectif: renforcer l’autorité de Moscou sur des provinces excentrées et désertes, situées à proximité immédiate d’une Chine en plein essor économique et démographique.

Cette route longue de 9350 kilomètres et de sept fuseaux horaires, promise sans doute à figurer bientôt parmi les plus célèbres du monde, Le Temps l’a suivie cet été de bout en bout, des kremlins d’Europe aux steppes de l’Extrême-Orient, en passant par les montagnes de l’Oural et les plaines de Sibérie. Il publie dès ce lundi et pendant deux semaines le récit de ce voyage exceptionnel.