Viols en Centrafrique

Un tribunal de l’ONU ordonne la réintégration d’Anders Kompass

Le Suédois Anders Kompass, qui avait alerté la France sur des viols commis par ses soldats en Centrafrique, a remporté une première manche contre l’ONU. Un tribunal interne à l’organisation ordonne sa réintégration

Nouveau rebondissement dans le scandale des enfants violés par des soldats français en Centrafrique. Le tribunal du contentieux, une instance interne à l’ONU, a ordonné mardi la réintégration d’Anders Kompass, directeur des opérations du Haut-commissariat aux droits de l’homme, qui avait été suspendu le 17 avril dernier pour avoir transmis en juillet 2014 un rapport confidentiel à la France sur des abus sexuels commis par ses soldats. La justice française avait ouvert dans la foulée une enquête contre 14 soldats, dont certains auraient depuis été identifiés. Mais, à ce jour, aucune sanction n’a été annoncée.

Quant à Anders Kompass, il n’est pas pour autant tiré d’affaire, puisque le tribunal a seulement suspendu la décision prise par l’ONU de le mettre en congé administratif (il continuait à recevoir son salaire). Avant d’être définitivement fixé sur son sort, le haut fonctionnaire devra attendre les résultats d’une enquête administrative sur sa gestion du rapport explosif sur les viols en Centrafrique.

Il n’empêche que la décision du tribunal est une première victoire pour Anders Kompass et un désaveu pour la hiérarchie de l’ONU. A la lecture des considérations du jugement, disponible sur le site du tribunal, l’enchaînement des événements ayant mené à la suspension du Suédois s’éclaircit peu à peu. Le directeur des opérations du Haut-Commissariat a reçu le fameux rapport à la mi-juillet. Plusieurs enquêteurs de l’organisation, assistés de membres de l’Unicef, avaient interrogé six enfants, dont certains étaient âgés de 8 ou 9 ans. Ils ont raconté avoir été violés par des militaires de l’opération Sangaris, qui n’était pas sous le commandement de l’ONU.

Hiérarchie au courant?

Anders Kompass dit avoir transmis le rapport à la mission permanente française auprès des Nations unies à Genève le 23 juillet 2014. Le Suédois affirme avoir «peu après» informé sa supérieure hiérarchique, la haut-commissaire adjointe, l’Italienne Flavia Pansieri, un fait mis en doute par l’ONU et qui devra être éclairci par l’enquête administrative. En plus d’accuser Anders Kompass d’avoir agi de son propre chef, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon reproche au Suédois d’avoir transmis à la France les noms des enfants, des témoins et des enquêteurs, les mettant ainsi en danger.

Ce n’est que le 12 mars 2015 qu’Anders Kompass dit avoir été prévenu que le nouveau haut-commissaire aux droits de l’homme réclamait sa démission, en raison de sa mauvaise gestion de l’affaire. Zeid Ra’ad Al Hussein, entré en fonction l’été précédent, n’aurait été qu’informé de toute cette histoire que quelques jours auparavant. Devant le refus du Suédois de démissionner, le haut-commissaire a demandé le 10 avril qu’il soit immédiatement suspendu. Cette décision a été notifiée à l’intéressé le 17 avril par mémorandum invoquant «l’intérêt de l’organisation» et la nécessité «d’éviter toute interférence avec l’enquête». Anders Kompass affirme également que sa suspension a été demandée par le sous-secrétaire des Nations unies en charge des casques bleus. Les forces françaises en Centrafrique opèrent désormais sous le mandat onusien.

Le tribunal a rejeté les arguments de l’ONU. Selon le juge Thomas Laker, Anders Kompass, s’il l’avait voulu, aurait eu tout loisir de détruire des preuves entre mars et avril. Et son congé ne l’empêchait pas de prendre contact avec des collègues du Haut-Commissariat. En revanche, les dégâts à sa réputation provoqués par sa suspension, largement médiatisée, sont, eux, avérés.

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