L'opposant russe Alexeï Navalny comparaissait lundi devant un tribunal siégeant dans un commissariat pour se prononcer sur son placement en détention, au lendemain d'une arrestation rocambolesque décriée en Occident. Le juge a ordonné son placement en détention pour 30 jours à compter de son arrestation controversée la veille, à son arrivée à Moscou, après cinq mois de convalescence en Allemagne. Il était recherché depuis fin décembre par le FSIN, le service en charge des prisons en Russie, qui lui reproche d'avoir violé les conditions d'une peine avec sursis dont il a écopé en 2014. «J'ai vu beaucoup de parodies de justice […] mais là c'est l'illégalité la plus totale», a réagi dans la salle d'audience Alexeï Navalny, visiblement agacé, selon une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

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Réactions outrées en Europe et dans le monde

De nombreuses voix se sont élevées à l'international pour dénoncer cette arrestation jugée «inacceptable». Après le président du Conseil européen Charles Michel et le chef de la diplomatie Josep Borrell, dimanche, c'est au tour de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen de condamner ce lundi l'arrestation du chef de file de l’opposition russe. «Les autorités russes doivent le libérer immédiatement et assurer sa sécurité. La détention d'opposants politiques est contraire aux engagements internationaux de la Russie», a-t-elle déclaré dans un communiqué.

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Plusieurs Etats membres ont demandé l'adoption par l'UE de nouvelles sanctions contre les autorités russes. «Si Navalny n'est pas libéré, nous devons envisager l'imposition de mesures restrictives en réponse à cet acte», a plaidé le ministre des Affaires étrangères letton, Edgars Rinkevics. Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a exhorté Moscou à «enquêter de manière approfondie sur cette attaque et traduire les auteurs en justice». Son homologue britannique Dominic Raab a quant à lui appelé le gouvernement russe à «chercher comment une arme chimique a pu être utilisée sur son sol plutôt que de persécuter M. Navalny».

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Empoisonnement confirmé par trois laboratoires 

La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova leur a rétorqué via Facebook de «se mêler de leurs propres problèmes». Son ministre, Sergueï Lavrov a estimé que les Occidentaux s'en prenaient à la Russie pour «détourner l'attention de la profonde crise qui mine le modèle de développement libéral». Selon lui, l'affaire Navalny est «du ressort des forces de l'ordre» et il s'agit «de faire respecter la loi russe».

L'opposant était subitement tombé dans le coma en août, alors qu'il revenait d'une tournée électorale en Sibérie. D'abord hospitalisé à Omsk en Russie, il avait finalement été évacué vers un hôpital berlinois. Trois laboratoires européens ont depuis conclu qu'il avait été empoisonné par un agent innervant militaire de type Novitchok, développé à l'époque soviétique, conclusion confirmée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

La Russie a elle multiplié les versions – maladie, mauvaise hygiène de vie, provocation de services secrets occidentaux – et se refuse à ouvrir une enquête criminelle.