La Suisse est une nouvelle fois citée dans un vaste trafic de cigarettes dont une organisatrice, ex-responsable des douanes de l'aéroport de Bucarest, a été arrêtée en Roumanie. La contrebande, remontant à 1996, a porté sur 175 000 caisses ou 1,75 milliard de cigarettes, causant aux autorités fiscales de différents pays européens un préjudice estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars.

Selon le Parquet de Bucarest, les caisses de cigarettes sont notamment arrivées par 14 vols en provenance des Pays-Bas. La responsable des douanes de la capitale roumaine rédigeait de fausses factures d'exportation au nom de sociétés fictives. De là, la marchandise était transportée par camion, cachée par d'autres caisses contenant de la céramique, vers l'Autriche, la Suisse, l'Italie et l'Espagne.

L'arrestation effectuée en Roumanie est la première dans cette affaire. L'Office européen de lutte antifraude confirme avoir ouvert sa propre enquête. Côté suisse en revanche, ni la police fédérale, ni les douanes, ni la justice tessinoise, souvent interpellées à propos de contrebande, ne pouvaient dire mardi si le réseau a des ramifications dans notre pays.

La Suisse est régulièrement citée dans les affaires de ce genre. «La fraude et la contrebande organisées, ainsi que les autres activités illégales effectuées à partir du territoire suisse, ont récemment pris des proportions énormes, causant aux finances des Quinze des dommages considérables qui s'élèvent à plusieurs milliards d'euros par an», dénonçait récemment la Commission européenne, qui met la dernière main à un mandat de négociation visant à renforcer la coopération entre Berne et Bruxelles (LT du 22 mars). L'accord d'assistance douanière signé en 1997 est jugé largement insuffisant par l'Union européenne.

Homme d'affaires italo-suisse

Le trafic dénoncé en Roumanie présente beaucoup de similitudes avec une filière où un homme d'affaires italo-suisse établi au Tessin, Rodolfo H., joue un rôle central. Dans ce dernier cas, les cigarettes achetées aux Etats-Unis, transitant par les Pays-Bas et Bucarest, sont acheminées par camion, faussement déclarées comme vaisselle, vers l'Espagne ou l'Italie. Rodolfo H., un des dix personnages cités depuis des années dans ces trafics, est recherché par plusieurs polices d'Europe et a fait l'objet de plusieurs demandes d'entraide judiciaire. Interrogé par Le Temps en novembre dernier, le porte-parole du Ministère public de la Confédération disait qu'aucune de ces démarches n'avait abouti.

Ce n'est pas la seule enquête de ce genre qui s'enlise. Les autorités judiciaires suisses ne poursuivent pas l'évasion fiscale et affirment avoir du mal à réunir des éléments leur permettant d'intervenir. Par ailleurs, Berne a demandé de participer, du 20 au 22 mai, à une conférence à Ancône où seront discutés les trafics illicites de l'espace adriatique.