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Le jeudi 26 avril 2018, une foule s’est constituée à Madrid pour protester contre le verdict rendu par la justice espagnole.
© Pablo Blazquez Dominguez/Getty Images

Espagne

Un viol collectif indigne les Espagnols

En qualifiant les faits d’«abus sexuels» et non de viol, des juges de Navarre ont réuni contre eux l’ensemble du pays. Une réaction qui traduit la très forte sensibilité espagnole quant aux violences faites aux femmes

Une bonne partie des Espagnols restent sous le choc après le verdict rendu vendredi par l’Audience provinciale de Navarre, à Pampelune: comment se fait-il que les cinq suspects, de jeunes Sévillans de 26 à 29 ans accusés d’avoir abusé sexuellement d’une jeune fille de 18 ans  – à l’époque des faits reprochés –, n’aient pas été châtiés plus sévèrement? Le tribunal navarrais leur a imposé à chacun 9 ans de prison pour «abus sexuels», et non pas 22 années de réclusion pour «viol», ainsi que le demandait le parquet.

Rappel des faits: le 7 juillet 2016, en pleines fêtes alcoolisées des Sanfermines de Pampelune, une jeune fille rencontre un garçon qui lui plaît, ils s’embrassent devant une porte cochère, s’introduisent dans l’édifice et, dans un couloir, le piège se referme sur elle: quatre amis sévillans du garçon, ayant alors entre 24 et 27 ans, le rejoignent, et s’adonnent en groupe à une orgie sexuelle avec elle, réduite à un simple objet de leurs caprices – cette dernière dira ensuite qu’elle «était en état de choc», et qu’elle s’est donc «laissé faire». Pour une grande partie de l’opinion, il s’agit d’un viol pur et simple, dans la mesure où la jeune fille madrilène n’a pu opposer de résistance et n’avait pas d’échappatoire possible.

Tout dans cette affaire, entre la domination physique des cinq Sévillans et le fait qu’ils lui aient retiré son portable, indique qu’il y a eu intimidation de fait.

Ignacio Vega, juriste de l’association Jueces por la Democracia

Pour justifier son verdict, la justice dit avoir appliqué à la lettre la distinction qu’établit le Code pénal espagnol entre «abus sexuels» et «agression sexuelle», c’est-à-dire viol. Dans le premier cas, celui de l’abus sexuel, il n’y aurait en jeu ni violence, ni intimidation. Or, à la vue de la vidéo qu’avaient tournée les cinq jeunes agresseurs pendant leurs sinistres ébats, c’est ce que les magistrats ont établi. C’est ce point précis qui indigne citoyens, médias et institutions diverses. «Dire qu’il n’y a pas eu d’intimidation est une absurdité, résume le quotidien El País. Quel degré de résistance doit opposer une personne pour éviter un viol, sans risquer sa vie, et être reconnu comme une victime?» C’est la question clé du consentement: «La jeune fille aurait-elle dû crier, se battre, et donc mettre en danger son intégrité physique?» interroge Ignacio Vega, juriste de l’association Jueces por la Democracia. «Tout dans cette affaire, entre la domination physique des cinq Sévillans et le fait qu’ils lui aient retiré son portable, indique qu’il y a eu intimidation de fait.» 

La colère et l’indignation sont généralisées. Elles sont non seulement le fait de milliers de citoyens qui sont sortis dans les rues pour protester, mais aussi des institutions, y compris la police nationale, et de l’ensemble des dirigeants politiques. Rarement une affaire judiciaire aura généré un tel consensus. «En tant que responsable public, je respecterai toujours une sentence judiciaire, a réagi le leader de la formation libérale en vogue Ciudadanos, Albert Rivera. Mais en tant que citoyen et père de famille, je ne peux pas comprendre une telle décision.» De manière ultramajoritaire, on estime que les membres de la «manada» (la meute, nom donné communément aux cinq agresseurs) se sont comportés comme des brutes ayant commis une agression de la plus haute gravité. «Si ce qu’a fait la meute n’est pas de la violence contre une femme sans défense, alors qu’est-ce qu’on entend par viol?» s’est indigné Pedro Sanchez, le leader socialiste. Le gouvernement de Mariano Rajoy a aussi exprimé son incompréhension outrée. 

Révision du Code pénal

L’affaire risque fort de ne pas en rester là. Outre la famille de la victime, le parquet a aussi fait appel concernant le verdict. Au-delà, appuyé par l’ensemble des associations féministes, le Parti socialiste et Podemos, l’exécutif national a annoncé une révision du Code pénal concernant les délits sexuels et la définition précise du viol. Cette considérable vague de protestation traduit en tout cas la très forte sensibilité espagnole quant aux violences faites aux femmes. Dans un pays où paradoxalement les statistiques sont moindres que celles de plusieurs nations d’Europe du Nord sur cette question, la tolérance zéro s’est installée dans la société. A preuve, la mobilisation historique – plus forte que dans le reste du monde – qui s’était produite le 8 mars dernier, Journée de la femme, et qui avait donné lieu à une grève dans de nombreux secteurs d’activité.

Dans un premier temps, dans le sillage du scandale Weinstein et de la campagne #MeToo, l’implication espagnole avait été timide. Mais, depuis deux bons mois, le débat est monté d’un cran et devenu national. Vendredi soir, dans une foule compacte réunie à Madrid, on pouvait lire ce slogan radical: «Basta avec la violence sexuelle machiste! Quand on dit non, c’est non; et quand on ne dit pas oui, cela veut dire non aussi!» 

Dossier
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