Lu ailleurs

Un viol à la prestigieuse université de Stanford presque impuni

Aux Etats-Unis, un jeune athlète confirmé écope de 6 mois de prison pour viol. L’indignation est mondiale face à une peine jugée dérisoire

«Tu ne me connais pas, mais tu as été à l’intérieur de moi, et c’est pourquoi nous sommes ici aujourd’hui.» Ce sont les premiers mots de la lettre longue et poignante qu’une jeune femme violée en janvier 2015 par un ancien champion de l’équipe de natation de l’Université de Stanford, Brock Turner, a lue pendant le procès qui vient de se dérouler en Californie, et qui suscite des torrents de commentaires aux Etats-Unis cette semaine. La jeune femme de 23 ans y détaille précisément les conditions de son viol: elle était inconsciente au moment de l’agression, survenue après une fête d’étudiants où elle avait beaucoup bu. Brock Turner, 20 ans, a cependant prétendu tout au long du procès qu’elle était consentante. La jeune femme détaille aussi toute la série de tests intrusifs auxquels elle a dû se soumettre à l’hôpital pour prouver le viol, et comment les questions classiques comme «comment étiez-vous habillée ce soir-là?» ont eu l’effet d’un second traumatisme. Slate.fr souligne l’efficacité de ce «texte déchirant, profond et magnifiquement argumenté».

«C’est la faute à l’alcool»

Le site d’informations français dénonce dans la foulée la sentence dérisoire dont écope le violeur – 6 mois de détention dans une prison locale, alors qu’il risquait 14 ans derrière des barreaux fédéraux – ainsi que l’insoutenable culture du viol, rendue tout à fait concrète par la publication d’une autre lettre, celle du père de Brock Turner. Dans ce texte également lu lors du procès, juste avant le verdict, celui-ci plaide pour que cette affaire soit considérée comme un simple débordement dû à l’ivresse et à de «mauvais choix».

Paris Match traduit ainsi un passage: «Mon fils est vraiment désolé pour ce qui est arrivé cette nuit et ressent la peine et les souffrances causées. Il essayait désespérément de s’intégrer à Stanford et est tombé dans la culture de l’alcool et de la fête. Sa vie ne sera plus jamais la même, celle dont il rêvait et pour laquelle il avait travaillé si longtemps. C’est un prix lourd à payer, 20 ans de sa vie pour 20 minutes d’action. L’emprisonner n’est pas la punition appropriée pour Brock. Il n’a pas d’antécédent judiciaire et n’a jamais été violent. La probation est la meilleure réponse à cette situation.»

Colère sur le web

Joe Biden y est aussi allé de sa lettre, publiée en premier par Buzzfeed.com. Le vice-président des Etats-Unis souligne le courage de la jeune femme et exprime toute sa colère envers ce qui est arrivé à la victime et dénonce cette «culture des universités où une femme sur cinq est victime d’agressions sexuelles, une culture de passivité où on ferme les yeux»… Les internautes, furieux eux aussi, ont lancé une pétition sur Change.org, exigeant la démission du juge Persky. Ce vendredi matin, plus d’un million d’internautes l’avaient signée. Les «tweetos» aussi montrent massivement leur soutien à la victime. La popularité des hashtags #BrockTurnerVictim ou #BrockTurnerVictim le démontre.

Omertà dans les universités américaines

Malgré cela, Brock Turner est considéré comme une sorte de seconde victime par la justice américaine. Le site de CNN explique les raisons de tant d’indulgence envers le violeur et détaille ce que l’on sait du juge Persky. Il se trouve qu’il est lui aussi un ancien athlète de l’Université de Standford… Pour lui, Brock Turner n’est pas un danger pour les autres mais cette affaire aura un sérieux impact sur le futur du jeune homme, au passé judiciaire irréprochable, et qui comptait participer aux Jeux olympiques. La chaîne américaine estime également que le juge Persky peut difficilement être mis à la porte même si une faute de sa part était prouvée, le système judiciaire de la Californie étant fort complexe.

La version française de 20 minutes cherche elle aussi à lever le voile sur l’impunité des viols sur les campus américains. Nicole Bacharan, politologue franco-américaine, et Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis, expliquent cette inquiétante tendance de société par le fait que ces jeunes universitaires, une fois partis du cocon familial et établis dans les campus, «se lâchent» et consomment à outrance alcool et drogues, biberonnés par une culture de la violence pornographique. Le tabou régnant dans les universités américaines autour de ces viols n’aide en rien. Les victimes «sont tout d’abord dans un état de sidération et culpabilisent. Elles ont aussi peur d’être mises à l’index par les autres étudiants et d’avoir du mal à poursuivre leurs études, qui ont parfois demandé à leur famille de gros efforts financiers», observe Nicole Bacharan dans les lignes du quotidien français.

Quant à la question de l’immunité du violeur, toujours dans l’article de 20 minutes, Jean-Eric Branaa, explique que les universités chouchoutent particulièrement leurs athlètes, associés au succès et au dynamisme. Elles ont donc meilleur temps d’étouffer ce genre d’affaires, réputation oblige.

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