Wael Ghonim a été relâché lundi par les Services de sécurité d’Etat, après douze jours d’incarcération. Directeur marketing pour Google Moyen-Orient et Afrique du Nord, ce jeune activiste avait été embarqué le 27 janvier, alors qu’il manifestait sur la place Tahrir. Le soir même, son visage apparaissait sur les écrans d’une chaîne de télévision privée. «Je veux tout d’abord transmettre mes condoléances à toutes les personnes qui ont été tuées. C’était une révolution pacifique. Nous ne voulions pas commettre de dégâts, a-t-il déclaré. Ne focalisez pas vos caméras sur moi, je ne suis pas un héros. Les vrais héros, ce sont les jeunes qui sont derrière cette révolution.»

«Tous des héros»

Plus tard, Wael Ghonim racontait sa détention sur le plateau de la chaîne Dream TV, devant des milliers de téléspectateurs égyptiens. Les larmes aux yeux, il a rendu hommage aux «martyrs» de la révolution. En l’espace de quelques minutes, il a offert aux foules de jeunes manifestants un visage et un nouveau souffle. «Cette révolution appartient d’abord à la jeunesse internet, elle appartient ensuite à la jeunesse égyptienne, elle appartient enfin à tout le peuple. Il n’y a pas de héros. Personne ne doit voler ce rôle. Nous sommes tous des héros.»

Mardi, il retrouvait la rue, direction place Tahrir, où il a été accueilli en triomphe par des milliers de manifestants. Micro en main, il a incité la foule galvanisée à poursuivre la lutte: «Il faut que vous insistiez pour que nos revendications soient satisfaites. Pour nos martyrs, il faut que nous insistions.»

Son intervention a suscité un déferlement de messages de sympathie sur les blogs et microblogs militants. Plus de 130 000 Egyptiens ont rejoint une page Facebook, créée pour demander que Wael Ghonim devienne le porte-parole de la révolte du 25 janvier. Sur le réseau social, Wael Ghonim avait administré une page intitulée «Nous sommes tous Khaled Said», suscitant une véritable campagne en hommage à ce jeune homme, qui avait été interpellé à Alexandrie et battu à mort par deux policiers en juin. Le groupe Facebook, fort de 490 000 membres, avait ensuite lancé, le 25 janvier, la contestation contre le président Hosni Moubarak, avec le mouvement des jeunes du 6 avril.