«Pouvoirs modestes, exigences morales considérables. L’Allemagne a-t-elle besoin d’un président de la République?» se demandait jeudi le quotidien berlinois Tagesspiegel. L’affaire Wulff – même s’il est depuis hier acquis qu’elle n’aura pas de volet juridique – provoque bien des remous en Allemagne et entache la fonction purement honorifique du président de la République.

«Tout ce qui n’est pas interdit n’est pas forcément bien non plus», a concédé hier Christian Wulff, les traits tirés, lors d’un bref point de presse au cours duquel il a dit «regretter» avoir jeté de l’ombre sur sa fonction avec une affaire de prêt privé.

A l’origine de l’affaire, un prêt immobilier avantageux, consenti en 2008 à Christian Wulff alors à la tête du Land de Basse-Saxe par l’épouse d’un ami fortuné. Interrogé par l’opposition au parlement régional en 2010, sur le fait de savoir s’il entretenait quelque relation d’affaires que ce soit avec le couple Geerkens, Christian Wulff omettait de mentionner le prêt de 500 000 euros, consenti par Edith Geerkens pour l’achat d’une maison près de Hanovre. Pour les Verts, «Wulff a menti devant le parlement», une accusation lourde en République fédérale.

Mais ce n’est pas le seul reproche adressé au président de la République. Depuis qu’a éclaté l’affaire, la semaine dernière, surgissent chaque jour de nouveaux détails mettant en lumière les liens privilégiés entretenus par le couple présidentiel avec les grandes fortunes d’Allemagne, comme en son temps l’ex-chancelier Gerhard Schröder: à six reprises, le président a passé ses vacances en famille à l’étranger, invité par d’illustres et richissimes amis. Plusieurs l’ont également accompagné lors de déplacements professionnels à l’étranger. Et c’est encore un ami, le sulfureux homme d’affaires Carsten Maschmeyer, qui a financé en 2007 la campagne de publicité de Mieux vaut dire la vérité, un livre d’entretiens avec Christian Wulff, destiné à soutenir le candidat chrétien-démocrate en campagne électorale. Christian Wulff assure aujourd’hui n’avoir rien su des 52 000 francs déboursés par Carsten Maschmayer pour la promotion du livre.

«Tout ceci est hautement choquant», estime Edda Müller, la présidente de Transparency International, qui milite contre la corruption. «Si Wulff était fonctionnaire, une enquête serait ouverte contre lui.»

Mieux vaut dire la vérité? De fait, Christian Wulff ne s’est directement exprimé sur l’affaire qu’hier, bien trop tard de l’avis des Verts et des sociaux-démocrates. Jusqu’alors, il avait laissé le soin à ses avocats de répondre pour lui aux accusations de la presse.

«Depuis qu’il est président de la République, constate Der Spiegel sur son site internet, Christian Wulff s’est érigé en autorité morale, toujours prêt à pointer du doigt les agissements des autres. Comment pourra-t-il à l’avenir exercer pleinement ses fonctions si on a le sentiment que lui-même a du mal à séparer politique et vie privée?», s’interroge l’hebdomadaire. Le malaise persiste, même si le Ministère public a annoncé hier ne pas voir matière à des poursuites. «Sa stratégie de défense, semblable à celle de l’ancien ministre de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg – se confiner dans le silence, et lâcher la vérité par petits morceaux –, est très risquée», estime Steffen Burkhardt, professeur à l’Université de Hambourg.

Une démission de Christian Wulff, après celle de son prédécesseur Horst Köhler, au printemps 2010, porterait en tout cas un rude coup à la coalition déjà fragile d’Angela Merkel. Car à travers Christian Wulff, c’est bien la chancelière – qui avait encouragé sa candidature aux plus hautes fonctions de l’Etat – qui est visée. Angela Merkel a pour l’instant assuré le président de sa confiance. Horst Köhler, également un candidat de la chancelière, avait démissionné de façon fracassante en 2010, après des déclarations maladroites sur l’Afghanistan. Sa démission avait déstabilisé le gouvernement.