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Michelle Bachelet au Conseil des Droits de l'Homme, Genève, septembre 2018.
© Fabrice Coffrini/AFP Photo ©

Droits fondamentaux

Une ancienne victime de Pinochet en héraut des droits de l'homme

L'ex-présidente du Chili Michelle Bachelet est intervenue pour la première fois lundi à Genève en qualité de haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme. Succédant au Jordanien Zeid Ra'ad al Hussein, ses premiers pas ont été très observés

Pour ses premiers pas en tant que haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet savait qu’elle allait être très observée. Succéder au Jordanien Zeid Ra’ad al Hussein, très incisif quand il s’agissait de dénoncer les Etats et dirigeants abuseurs des droits humains n’est pas une tâche facile. Sans mâcher ses mots, la nouvelle haut-commissaire a choisi la voie médiane pour ses débuts. «Les droits de l’homme sont l’expression de l’objectif central des Nations unies. Nous ne pourrons obtenir la paix, la sécurité et le développement durable dans le monde si nous ne développons pas la dignité et l’égalité de tous les êtres humains. »

Lire aussi: Michelle Bachelet fait ses premiers pas en tant que haut-commissaire aux droits de l'homme

Victime de la torture

Celle qui fut pour deux mandats non consécutifs présidente du Chili est intervenue pour la première fois devant le Conseil des droits de l’homme (CDH) un jour avant le 45e anniversaire du coup d’État portant le dictateur Augusto Pinochet au pouvoir au Chili, a-t-elle souligné. Un détail loin d’être anodin qui révèle à quel point cette tranche d’histoire a marqué la vision du monde et des droits fondamentaux de la Chilienne, aujourd’hui âgée de 66 ans. Siégeant depuis le 1er septembre au Palais Wilson à Genève, elle a vécu dans sa chair la dictature chilienne en tant que détenue politique du régime.

Comme son père, un général proche du président Salvador Allende condamné à la détention pour «trahison » par les sbires de Pinochet et décédé en prison sous l’effet de la torture, Michelle Bachelet a connu la torture dans la tristement célèbre Villa Grimaldi où elle fut détenue avec sa mère. Libérée, elle émigrera en Australie avant d’aller étudier la médecine à Leipzig et à Berlin dans ce qui fut l’ex-Allemagne de l’Est. Parlant un excellent allemand, la haut-commissaire s’est dite fière de constater que son pays, le Chili, a été « capable de surmonter les divisions et de relever de vastes défis » dont celui de restaurer les institutions. Son parcours va inévitablement influer sur sa manière de gérer le Haut-Commissariat. Présidente du Chili pour deux mandats où elle a mené d’importantes réformes sociales, directrice exécutive d’ONU femmes, Michelle Bachelet ne découvre pas les rapports de force qui caractérisent les débats sur les droits de l’homme. Mais son action sera mesurée à l’aune de l’indépendance qu’elle sera capable de conserver notamment vis-à-vis des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

A cet égard, il sera particulièrement instructif de voir l’attitude qu’elle aura envers la Chine, cette dernière étant le principal partenaire commercial du Chili qui exporte deux fois plus vers l’Empire du Milieu qu’aux Etats-Unis. Lundi devant le CDH, elle n’a pas critiqué directement le bilan de Pékin. Elle l’a toutefois fait dans la version écrite remise en avance aux journalistes. Dans son texte, elle se dit profondément préoccupée par les accusations de «détentions arbitraires à grande échelle (on parle d’un million de personnes) de Ouïghours et d’autres communautés musulmanes dans des camps dits de rééducation dans la province du Xinjiang ». La haut-commissaire mentionne aussi des violations systématiques dans d’autres régions du pays. Pour pouvoir se faire une idée précise de la situation, elle demande expressément à Pékin de pouvoir accéder à toutes les régions de Chine.

Abattre les murs

Elle n’est pas plus tendre avec les Etats-Unis. Si elle salue le fait que l’administration de Donald Trump a fini par suspendre sa politique migratoire consistant à séparer les enfants de leurs parents migrants, elle déplore qu’aucune mesure n’ait été prise pour réparer les dommages causés aux victimes. « Plus de 500 enfants migrants enlevés de leurs parents par les autorités américaines n’ont toujours pas été remis à leurs familles », insiste-t-elle. En référence aux Etats-Unis qui viennent de claquer, en juin dernier, la porte du CDH, elle a relevé que quitter le Conseil des droits de l’homme en cas de désaccord n’était pas la solution.

Lire également: Une Chilienne pour sauver les droits de l’homme

Poursuivant sur la ligne de son prédécesseur, Michelle Bachelet a aussi mis en garde contre les barrières et «murs » érigés contre les migrants, contre le refus de garantir à ces derniers leurs droits fondamentaux dont le droit au non-refoulement. Le message était manifestement destiné à l’Europe. « C’est dans l’intérêt de chaque Etat d’adopter des politiques migratoires ancrées dans la réalité et ne répondant pas à des réactions de panique. » La haut-commissaire s’en est aussi prise dans la version écrite de son allocution à l’Italie pour avoir fermé ses ports aux navires ayant secouru des migrants. Ces propos ont provoqué un coup de sang chez le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini, fer de lance de la Ligue, qui a laissé entendre qu’il n’avait de leçon à recevoir de personne, « encore moins de l’ONU ».

A propos de la Birmanie où six généraux devraient, selon un rapport d’experts onusiens, être déférés à la Cour pénale internationale pour un possible crime de génocide contre la minorité musulmane des Rohingyas dans l’État de Rakhine, Michelle Bachelet a jugé prioritaire de créer, à l’image de ce qui existe pour la Syrie, un mécanisme impartial et indépendant chargé de rassembler les preuves des crimes commis en particulier par l’armée birmane. Dimanche enfin, c’est contre la confirmation de la condamnation à mort de 75 personnes dont des chefs islamistes par la justice égyptienne que la haut-commissaire s’est érigée. Là aussi, Le Caire a déjà déploré son «manque d’objectivité ».

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