Comment la rébellion a pris l’ascendant

Les rebelles pro-russes qui ont pris les armes il y a bientôt une année dans l’est de l’Ukraine n’ont jamais été aussi forts qu’aujour­d’hui. Non contents d’accumuler les succès sur le champ de bataille, à commencer par la prise de contrôle de l’aéroport de Donetsk, ils reçoivent un appui militaire toujours plus important de Moscou. Ce qui a convaincu un certain nombre d’observateurs qu’ils pourraient bien envahir prochainement de nouveaux territoires, voire conquérir la région qui relie leur fief à la péninsule de Crimée.

L’insurrection a toujours été soutenue par la Russie. Mais elle s’est développée pendant quelques mois en comptant largement sur ses propres forces, soit en tirant l’essentiel de son armement des arsenaux de l’armée ukrainienne et en agissant avec un haut degré d’autonomie. Le durcissement des combats, marqué notamment par une tentative du gouvernement central de reconquérir les provinces orientales du pays, a conduit au cours de l’été à la refonte de la rébellion sous la houlette de Moscou.

Depuis, la Russie a remplacé les premiers commandants insurgés par des hommes à sa botte et fourni à leurs troupes un matériel toujours plus sophistiqué, incluant des armes lourdes tels des chars de combat, des transports de troupes et des missiles anti­aériens. Elle est aussi intervenue directement sur le champ de bataille en multipliant les frappes aériennes et en arrosant le territoire ukrainien de tirs d’artillerie. Des interventions qui ont eu pour effet de désorganiser totalement les forces ukrainiennes courant septembre, indique Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse.

Une défaite sanglante

L’armée de Kiev présente en face de graves lacunes. L’Ukraine a beau être l’un des principaux producteurs d’armement au monde, elle n’a pas le niveau de la Russie dans ce domaine. Contrairement à sa puissante voisine, elle n’a guère modernisé son industrie militaire depuis la chute de l’Union soviétique et se retrouve vingt-cinq années plus tard avec un matériel relativement peu performant.

L’armée ukrainienne a perdu par ailleurs une grande partie de ses effectifs. «La plupart de ses officiers ont déserté, quand ils ne sont pas passés à l’ennemi, confie Alexandre Vautravers. Et ses troupes ont fondu de moitié. Le gouvernement de Kiev a bien rétabli la conscription générale au cours du printemps pour remonter une armée mais son effort a débouché en septembre sur une défaite sanglante. Il forme actuellement de nouvelles troupes pour les lancer dans la bataille ces prochains mois.»

Les Etats-Unis n’ont pas attendu pour aider le gouvernement de Kiev. Mais leur aide a été jusqu’ici modeste comparé au soutien apporté aux rebelles par la Russie. Elle s’est élevée pour 2014 à quelque 120 millions de dollars de matériel non létal – gilets pare-balles, jumelles de vision nocturne, radars, etc. – dont seule la moitié a été délivrée, selon un rapport publié lundi par différents centres de recherches américains, «Preserving Ukraine’s Independence, Resisting Russian Agression: What the United States and NATO Must Do».

Un milliard par an

Les auteurs du document, d’anciens hauts fonctionnaires américains, recommandent à l’administration Obama d’apporter au plus vite une aide sensiblement plus consistante de 1 milliard de dollars par année pendant trois ans. Ils conseillent également de monter de gamme pour fournir des armes dites «défensives» tels des missiles antichars, des véhicules de transport et des drones de reconnaissance.

Il reste à savoir si l’accroissement de l’aide militaire occidentale aux autorités de Kiev encouragerait la Russie à négocier. Ou s’il la conduirait tout au contraire à développer encore les capacités militaires de ses alliés, comme elle s’y est constamment employée ces derniers mois, et à poursuivre l’escalade.