L'opposition syrienne a accusé mardi le régime de Bachar el-Assad d'avoir mené une attaque «chimique» qui a fait au moins 58 morts dans un fief rebelle et djihadiste du nord-ouest, Khan Cheikhoun, dans la province d'Idleb. Si les faits sont avérés, ce serait la pire attaque de ce type, depuis le gazage dans la périphérie de Damas en 2013, qui avait failli précipiter une intervention occidentale.

Au moins 11 enfants parmi les 58 victimes. Au moins 11 enfants figurent parmi les personnes tuées dans le raid aérien qui a frappé tôt Khan Cheikhoun, dans la province d’Idleb, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Le bilan n’a cessé de s’aggraver durant la matinée au fur et à mesure que les victimes, toutes des civils, succombaient «après avoir été transportées dans les hôpitaux», a précisé Rami Abdel Rahmane, le directeur de l’OSDH.

L’opposition accuse le pouvoir. La Coalition nationale, importante composante de l’opposition syrienne, a accusé le «régime du criminel Bachar» d’avoir mené ce raid avec des «obus contenant du gaz chimique». Elle a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU de «convoquer une réunion urgente après ce crime et d’ouvrir une enquête immédiate».

Paris réclame une réunion du Conseil de sécurité. La France a également demandé la tenue d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, a annoncé mardi le ministre français des Affaires étrangères dans un communiqué.

Aujourd’hui, les nouvelles sont horribles. Evidemment la principale responsabilité repose sur le régime.

Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne

L’ONU ouvre une enquête. La Commission d'enquête indépendante de l'ONU sur la Syrie mène des investigations sur l'attaque meurtrière. Elle a dénoncé à Genève ces violences «dans les termes les plus forts». «Les rapports suggérant qu’il s’agit d’une attaque avec des armes chimiques sont extrêmement préoccupants», ont indiqué les enquêteurs dans une déclaration écrite.

Morts par suffocation. Le régime n’avait pas communiqué sur ces frappes à la mi-journée. L’OSDH a indiqué que les personnes étaient décédées en raison des effets du gaz, notamment par suffocation, mais elle n’était pas en mesure de donner la nature de ce gaz. Des dizaines d’autres habitants souffrent de problèmes respiratoires et d’autres symptômes. Des sources médicales dans la ville ont fait état d’évanouissements, de vomissements et de présence de mousse dans la bouche des victimes, selon l’OSDH. Des photos de militants montrent des Casques Blancs, les secouristes en zone rebelle, asperger d’eau des blessés.

L’UE accuse. «Aujourd’hui, les nouvelles sont horribles. Evidemment la principale responsabilité repose sur le régime» syrien, a affirmé la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, à des médias internationaux, en marge d’une conférence internationale à Bruxelles sur la reconstruction de la Syrie.

Auteurs du raid inconnus. L’OSDH, basée en Grande-Bretagne et disposant d’un vaste réseau de sources en Syrie, n’était pas non plus en mesure de dire si les raids étaient le fait d’avions de l’armée syrienne ou de ceux de la Russie, alliée du régime. Elle dit habituellement être en mesure de déterminer à qui appartiennent les avions en fonction de leur type, leur localisation et leurs munitions.

Démenti de Moscou. L’armée russe a annoncé mardi n’avoir mené aucun raid aérien dans la zone où l’attaque «chimique» a été perpétrée, selon l’OSDH. «Les avions de l’armée de l’air russe n’ont mené aucune frappe dans la zone du village de Khan Cheikhoun, dans la province d’Idleb», assure le ministère russe de la Défense dans un communiqué.

Hôpital bombardé. L’hôpital traitant les blessés a été bombardé, provoquant des destructions importantes dans l’établissement, a constaté le correspondant de l’AFP sur place. Le journaliste a rapporté que le bombardement a visé une partie de l’hôpital et vu des médecins s’enfuir au milieu des décombres. Il n’était pas possible dans l’immédiat de savoir s’il y avait des victimes.

La province d’Idleb, multicible. La province d’Idleb, largement contrôlée par une alliance de rebelles et des djihadistes, est régulièrement la cible de frappes du régime, et de l’aviation russe. Elle a également été touchée par des raids de la coalition antidjihadistes dirigée par les Etats-Unis.

Le gouvernement syrien dément utiliser des armes chimiques dans une guerre qui a déjà fait plus de 320 000 morts depuis mars 2011. Il a ratifié la Convention sur l’interdiction des armes chimiques en 2013. En octobre 2016, le Conseil de sécurité avait reçu un rapport concluant que l’armée syrienne avait mené une attaque à l’arme chimique, sans doute du chlore, à Qmenas, dans la province d’Idleb, le 16 mars 2015.