«Vers des élections calamiteuses?» titrait hier le quotidien L’intelligent d’Abidjan. Dimanche encore, les deux candidats, Alassane Ouattara et le président sortant Laurent Gbagbo donnaient des gages pour une élection apaisée lors d’un face-à-face télévisé inédit. Mais ces vœux pieux ont fondu comme beurre au soleil à l’épreuve des urnes. Le pire, craint-on, est à venir.

Du nord au sud d’un pays coupé en deux, que d’incidents en attendant le résultat d’une présidentielle qui va sanctionner huit ans de crise. Une dizaine de morts, de nombreux blessés, des véhicules saccagés, des urnes emportées, des villages incendiés… Dans les zones forestières du centre-ouest et de l’ouest administrées par les autorités régulières, des populations – surtout l’ethnie baoulé de l’ex-président Henri Konan Bédié, dont les voix sont déterminantes pour ce second tour – ont été obligées de fuir ou empêchées de voter. Il en a été de même, affirment d’autres, dans les ex-zones assiégées du centre-nord-ouest, contrôlées par les Forces nouvelles et où Alassane Ouattara aurait «réalisé un raz-de-marée électoral».

En France même, comme au premier tour, les Ivoiriens de la diaspora n’ont pas pu voter à Paris en raison de troubles graves dans les bureaux ou de bulletins de vote en nombre insuffisant. Pire, l’ambassadeur de Côte d’Ivoire, Pierre Kipré, a été molesté par des électeurs mécontents. Des deux camps politiques, comme à une veillée d’armes, on s’accuse mutuellement et on dénonce des violences et des exactions, à travers des indignations bien sélectives qui rythment une véritable «guerre des communiqués».

Alassane Ouattara en tête?

C’est dans ce climat délétère, qui annonce bien des orages, que la Commission électorale indépendante s’apprête à donner les résultats, au plus tard mercredi soir. De manière arithmétique, si l’appel de Bédié, crédité de 25% au premier tour et invitant son électorat à voter pour Ouattara se confirmait, la victoire de celui-ci ne ferait aucun doute. Une tendance qui semblait se renforcer lundi soir, puisque l es premiers résultats officiels du vote de la diaspora donnent Alassane Ouattara en tête avec 59% des voix. Mais dans une atmosphère si incertaine, tout est encore possible.