Certains étaient venus d’Espagne, d’Allemagne ou de Grande-Bretagne au mont Maudit, dans le massif du Mont-Blanc, pour conquérir le toit de l’Europe, qui culmine à 4810 mètres. C’était un matin calme, un temps froid, avec un peu de vent. Des pointes à 70 kilomètres heure, rien de bien inhabituel en haute montagne. Trente alpinistes, tous expérimentés, ont quitté en plusieurs cordées de deux à trois personnes le refuge des Cosmiques vers 2h du matin pour emprunter la voie des Trois Monts. Il leur fallait une grosse journée d’ascension pour atteindre leur but. Alors qu’ils s’approchaient du passage dit de l’épaule, à 4000 mètres d’altitude, considéré comme technique et relativement difficile, ils ont été surpris par une coulée de neige qui les a emportés sur environ 200 mètres.

Un phénomène imprévisible

Neuf d’entre eux ont péri, trois Allemands, trois Britanniques, deux Espagnols et un Suisse. Neuf sont sortis indemnes de l’accident et douze ont été blessés, dont un guide de montagne valaisan qui était parti avec deux clients, décédés. Le dernier accident de cette ampleur dans les Alpes françaises a eu lieu le 24 août 2008, quand une avalanche a emporté huit alpinistes – trois Suisses, un guide autrichien et quatre Allemands – suite à une chute de séracs (blocs de glace) au Mont-Blanc du Tacul. L’accident d’hier s’est semble-t-il déroulé de manière identique. D’après les premiers éléments de l’enquête, une plaque de neige de 40 centimètres d’épaisseur se serait détachée, provoquant l’avalanche. Soit le passage des alpinistes a déstabilisé le manteau neigeux déposé par le vent, soit la plaque a été fracturée suite à une chute de séracs provoquée par les mouvements de glace naturels.

«Ce phénomène arrive fréquemment dans toutes les montagnes. Mais il est redouté des alpinistes, car il est totalement imprévisible», explique Eric Favret, guide de haute montagne et président de la Compagnie des guides de Chamonix.

Vers 5h du matin, l’une des personnes blessées donne l’alerte. Une cinquantaine de secouristes accompagnés de chiens et deux hélicoptères sont alors mobilisés pendant près de douze heures. La journée s’est achevée sur une note positive, quand on a appris que les quatre alpinistes initialement portés disparus – deux Britanniques et deux Espagnols – étaient vivants. Deux d’entre eux avaient annulé leur expédition, les deux autres avaient finalement opté pour un itinéraire différent.