Une blogueuse et journaliste maltaise, Daphne Caruana Galizia, 53 ans, à l’origine d’accusations de corruption ayant provoqué des élections anticipées en juin, a été tuée ce lundi après-midi non loin de chez elle par une bombe placée sous sa voiture qu'elle venait de prendre, a-t-on appris de sources policière et politique. Sur son blog, très lu, le dernier message - consacré à un procès anti-corruption qui se tient en ce moment même à Malte - qu'elle avait posté date de quelques minutes avant l'explosion.

Elle avait reçu récemment des menaces de mort, selon la presse maltaise, et en avait informé la police il y a deux semaines environ.  Dans le pays c'est le choc.

Lors d'un point presse, le premier ministre Joseph Muscat (centre-gauche), dont l'entourage proche a été la cible de violentes attaques de Mme Caruana Galizia, a dénoncé un acte «barbare» et ordonné aux forces de l'ordre de concentrer toutes leurs ressources pour que ses auteurs soient traduits en justice.

«Ce qui s'est passé aujourd'hui est inacceptable à de nombreux niveaux. Aujourd'hui est une journée noire pour notre démocratie et notre liberté d'expression», a-t-il déclaré. «Je n'aurai de cesse que justice soit faite», a-t-il promis, appelant l'île à l'union.

Une journaliste et blogueuse intrépide

Agée de 53 ans, Mme Caruana Galizia a travaillé comme chroniqueuse dans plusieurs médias maltais mais était surtout connue pour le blog dans lequel elle a dénoncé plusieurs affaires de corruption.

Début juin, le Parti travailliste de M. Muscat, au pouvoir depuis 2013, avait remporté une large victoire lors d'élections législatives anticipées convoquées à la suite d'une série de scandales impliquant des proches du premier ministre, et dans la révélation desquels Mme Caruana Galizia avait joué un rôle central.

Le ministre de l'Energie, le chef de cabinet de M. Muscat et jusqu'à l'épouse du premier ministre ont été soupçonnés de détenir des comptes off-shore révélés dans le cadre du scandale des Panama Papers.

M. Muscat a catégoriquement démenti les accusations et promis de démissionner si les accusations étaient démontrées.

Au printemps, le magazine Politico avait classé Mme Caruana Galizia parmis les «28 personnalités qui font bouger l'Europe», la décrivant comme «un WikiLeaks entier en une seule femme, en croisade contre le manque de transparence et la corruption à Malte».