Presque un an après une série d'attentats qui avait fait plus de 200 morts dans la capitale fédérale, Moscou a revécu mardi des scènes effrayantes. Une galerie souterraine et marchande en plein centre-ville, à une heure où les passants sont nombreux, et soudain, l'explosion, la fumée, la mort, le sang et des secours qui tentent de travailler dans des couloirs envahis de fumée. Au moins 8 morts et des dizaines de blessés dont plusieurs grièvement: c'est le bilan provisoire de cet acte terroriste. Les Russes ont très rapidement écarté toute possibilité d'accident.

Période critique

Un mot était sur toutes les lèvres: «Les Tchétchènes.» Du maire de Moscou, Iouri Loujkov, à l'homme de la rue, tout le monde semblait persuadé que les rebelles caucasiens étaient derrière ce nouvel attentat. «Il n'y a aucun doute que les Tchétchènes sont à l'origine de cet acte terroriste. C'était idiot d'intervenir dans leur république en connaissant la psychologie de ce peuple. Tant de jeunes gens ont été tués pour que cela recommence», s'indigne Tatiana Mikhaïlova, une passante interrogée par un journaliste de l'AFP. Quant au maire de Moscou, pourtant rallié à l'opposition au président Poutine, il évoque lui aussi la piste caucasienne. Il a déclaré qu'il «admettait tout à fait» l'implication des Tchétchènes.

Vladimir Poutine a réagi rapidement, convoquant au Kremlin Vladimir Rouchaïlo, son ministre de l'Intérieur, Igor Sergeïev, ministre de la Défense, le ministre des Situations d'urgence, Sergueï Choïgou, et le numéro deux du FSB (services secrets). Vladimir Rouchaïlo a affirmé que le président russe prenait l'enquête «sous son contrôle personnel», ajoutant que «d'autres attentats étaient toujours possibles».

Le président rebelle tchétchène, Aslan Maskhadov, a démenti par le biais de son service de presse toute implication: «Ni les forces régulières tchétchènes, ni les services spéciaux, ni les chefs de guerre n'ont rien à voir avec l'explosion de la place Pouchkine.» Pourtant, la Russie craignait des attentats en cette période d'anniversaire du retour à Grozny des rebelles tchétchènes, le 6 août 1996, durant la première guerre de Tchétchénie. Mardi, peu avant l'explosion, d'importants stocks de TNT avaient été saisis à Moscou et à Riazan. Cet attentat survient aussi un an après l'arrivée au pouvoir – comme premier ministre – de Vladimir Poutine. C'est un défi important pour le président, partisan de la «dictature de la loi», mais dont la popularité et l'assise semblent désormais assurées.

Bien que l'origine de la série d'attentats de l'été et de l'automne passés n'ait jamais été trouvée, ces explosions meurtrières avaient fourni le prétexte de l'intervention militaire en Tchétchénie. Certains étaient alors allés jusqu'à se demander s'il ne fallait pas y voir la main des services secrets russes. Hypothèse que Vladimir Poutine avait qualifiée de «non-sens délirant». Toutefois, de tous les actes terroristes qui ont frappé la Russie ces dernières années, bien peu ont été élucidés. L'un des rares cas résolus – un attentat qui avait fait 14 morts dans un cimetière en 1996 – était le fait de rivalités entre anciens combattants d'Afghanistan autour de l'importation d'alcool et de cigarettes.