Ils sont la nouvelle cible du régime de Kim Jong-il. Des informateurs clandestins qui défient l’empire du secret imposé par le dictateur nord-coréen grâce à des téléphones portables chinois. Au péril de leur vie, ces correspondants anonymes en Corée du Nord abreuvent de scoops des sites web et des ONG basés à Séoul par téléphone, révolutionnant l’information sur le royaume ermite.

Prenant de vitesse les services secrets sud-coréens et la propagande de Pyongyang, des sites comme Daily NK ou l’ONG Good Friends ont annoncé l’éclosion de la grippe A(H1N1), des émeutes sur des marchés ou les derniers préparatifs de la succession du «cher leader». Au point d’être repris par la presse internationale depuis quelques mois et de déclencher une vague de répression des autorités qui s’inquiètent du succès de ces organisations financées par les Etats-Unis.

«Nos informateurs prennent de gros risques», admet Eun Kyoung-kwon, de Daily NK, qui a annoncé avant tout le monde, le 30 novembre dernier, le lancement d’une réforme monétaire brutale qui allait tourner au fiasco, entraînant des manifestations de mécontentement sans précédent contre le régime. Signe de sa crispation, la dictature a exécuté en janvier un homme qui cachait chez lui un téléphone mobile relié au réseau chinois. Kim Jong-il s’était assuré que le réseau local interdise les appels internationaux, mais cette précaution est déjouée par les opérateurs du nord-est de la Chine, dont les puissants signaux ignorent la frontière et émettent jusqu’à 60 km à l’intérieur de la Corée du Nord, permettant des communications avec le monde.

Informateurs sur place

«Le mobile a révolutionné notre quête d’informations», affirme Ha Tae-kyung, président d’Open Radio for North Korea, qui s’appuie sur plusieurs dizaines d’informateurs sur place. Depuis Séoul, les journalistes appellent à des heures fixes leurs «correspondants» infiltrés, pour de brèves interviews à haut risque. Pour déjouer la police, les sources s’isolent dans la campagne et cachent le téléphone interdit jusqu’au prochain rendez-vous.

Les informations transmises qui vont du prix du riz à l’organisation d’une cérémonie d’anniversaire en l’honneur de Kim Jong-eun, le troisième fils et héritier du «cher leader», sont ensuite recoupées puis diffusées via Internet ou la radio. Une méthode qui colporte parfois des rumeurs, mais a permis de lever le voile sur le quotidien de la Corée du Nord à l’heure du crépuscule de Kim Jong-il. Et grignote l’emprise totalitaire du régime sur la population, dont une partie croissante écoute sous le manteau les radios de Séoul.