Lorsque la Knesset a voté sa dissolution et que la date des élections législatives anticipées a été fixée au 22 janvier prochain, les chroniqueurs politiques israéliens ont unanimement prédit une campagne sans enjeu, ennuyeuse, dont le leader du Likoud Benyamin Netanyahou sortirait grand vainqueur. Ils se sont lourdement trompés car les partis politiques de l’Etat hébreu sont pris d’une frénésie de changement. De nouvelles formations apparaissent, des regroupements s’opèrent et des dizaines de représentants de la société civile – journalistes pour la plupart – font leur apparition sur les listes.

Dissidence sociale

Tout a commencé le 25 octobre lorsque Benyamin Netanyahou et le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, leader du parti d’extrême droite Israël notre maison, ont annoncé qu’ils présenteraient une liste commune. Une sorte de «cartel nationaliste» regroupant actuellement 42 députés à la Knesset, mais espérant gonfler ses rangs en siphonnant les voix des petites formations ultra.

Ce plan élaboré par le tandem Netanyahou-Lieberman durant un an de négociations secrètes est désormais battu en brèche par la dissidence de Moshé Kahlon, le ministre des Communications et des Affaires sociales, qui quitte le parti et annonce le dépôt de sa propre liste et qui se prépare à tailler les croupières de ses anciens amis.

Agé de 52 ans, né dans une famille juive ayant fui la Libye, Moshé Kahlon est la personnalité la plus populaire du Likoud et de la scène politique israélienne. Parce qu’il provient d’un milieu pauvre et qu’il s’est hissé au sommet à la force du poignet, mais également parce qu’il a, au sein du gouvernement en place, été le seul à prendre des mesures réellement sociales. C’est à lui que les consommateurs israéliens doivent, entre autres, la réduction de 60% du prix des communications téléphoniques, le plan «Eden plus» donnant un accès gratuit au câble pour les plus défavorisés, l’instauration d’une «carte de crédit sociale» permettant aux familles dans le besoin d’effectuer leurs achats dans les supermarchés au lieu de faire la file aux Restaurants du Cœur.

La fusion entre le Likoud et Israël notre maison a suscité un grand mécontentement au sein du parti de Netanyahou, dont les militants n’apprécient guère les méthodes autoritaires de Lieberman. Moshé Kahlon leur offre donc une alternative. Selon les derniers sondages, il pourrait, avec son seul nom, conquérir de 10 à 20 sièges à la Knesset sur les 120 que compte cette assemblée.

En raison de son orientation sociale, le ministre séduit surtout l’électorat centriste et travailliste. Des petites formations nées de la révolte sociale de l’été 2011 ainsi que des dissidents du parti ultra­orthodoxe Shas prônant l’ouverture sur le monde ont d’ailleurs proposé de le rejoindre.

Dirigé par l’ex-journaliste de télévision Sheli Yahimowicz, le Parti travailliste comptait beaucoup sur les prochaines élections pour redevenir une force politique crédible. Pour y arriver, il a remplacé la plupart de ses vieilles gloires par de nouvelles têtes et cette stratégie semble devoir porter ses fruits puisque les sondages lui accordent de 20 à 25 sièges au lieu de huit aujourd’hui.

Mais l’entrée en scène de Moshé Kahlon brouille les cartes. Elle ruine les efforts de Sheli Yahimowicz ainsi que ceux de Yaïr Lapid, un autre ancien présentateur du journal télévisé dont la formation Yesh Atid (Il y a un avenir) prétend défendre les classes moyennes et réformer le système politique israélien.

Quinze jours après avoir débuté, la campagne électorale apparaît déjà comme l’une des plus surprenantes de ces dernières décennies. Elle passionne les Israéliens et va sans doute encore réserver des surprises puisque l’ex-premier ministre Ehoud Olmert et l’ancienne ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni annonceront la semaine prochaine s’ils se lancent ou non dans la course sur la base d’un programme prônant la reprise du processus de paix avec les Palestiniens.