Les cyclones sont prévisibles, et Nargis, qui a frappé le littoral birman dans la nuit du samedi 3 mai, était annoncé. Son intensité et sa destination, qui oscillait entre le Bangladesh et le Myanmar, ont été précisément évaluées deux jours avant la catastrophe. Car en Asie du Sud, l'expérience du tsunami du 26 décembre 2004 a obligé l'information météorologique à progresser considérablement en matière de coopération régionale. Durant le tsunami, on se souvient en effet des ratées de la communication scientifique, comme ce fax du Département météorologique de l'Inde (IMD), alertant les autorités, mais qui n'était jamais arrivé car adressé à un ancien ministre. Mandaté par l'Organisation météorologique mondiale, l'IMD de New Delhi se doit désormais d'informer les huit membres concernés par les cyclones tropicaux régionaux: Pakistan, Inde, Bangladesh, Myanmar, Sri Lanka, Maldives, Oman et Thaïlande.

«Assez de temps»

Dès l'identification de Nargis le 26 avril, l'IMD a suivi l'évolution du cyclone et a renouvelé ses alertes, émettant un total de 41 «avis» adressés aux autorités birmanes. A.R. Subbiah, directeur du Centre asiatique de préparation aux désastres et collaborateur de l'IMD, a affirmé avoir directement informé le cabinet birman. La vieille du désastre, c'était encore au tour du JTWC, le centre d'alerte des cyclones de la marine américaine, de détailler la trajectoire de Nargis. Par sécurité, au Bangladesh, les pêcheurs des ports de Chittagong et de Cox's Bazar sont restés à terre durant la journée de samedi. «Il y avait assez de temps pour prendre des mesures de précaution», a conclu B.P. Yadav, porte-parole de l'IMD.

Alors que le bilan officiel des victimes de Nargis a franchi la barre des 22000 morts, la communauté internationale déplore le manque de réactivité de la junte militaire, incapable de relayer l'alerte auprès de la population. Le golfe du Bengale détient pourtant la probabilité d'un cyclone «sévère» par an. Le Bangladesh, où le cyclone Sidr a fait près de 4000 morts le 15 novembre dernier, a mis en place des systèmes d'alerte. Même le nom du prochain cyclone qui frappera la région est déjà prévu: il devrait s'appeler Abe.