«Et dire que certains d'entre nous croyaient qu'il s'agissait d'un exercice de sauvetage…» Marit Stakvik Jörgensen peut désormais en sourire. Son évacuation, avec près de 1200 autres passagers, du ferry norvégien Prinsesse Ragnhild s'est déroulée dans le calme, malgré l'incendie qui dévastait la salle des machines. On n'est pourtant pas passé bien loin d'une catastrophe maritime. «Il s'en est fallu d'un cheveu», estime Börje Jacobsson, le chef des opérations de secours suédoises.

Montée à bord à Kiel, dans le nord de l'Allemagne, Marit Stakvik Jörgensen devait en principe accoster hier matin à Oslo. Mais dans la nuit, peu après 2 heures, l'alarme retentit dans les coursives du navire de la compagnie norvégienne Color Line. «C'est lorsqu'on nous a donné les gilets de sauvetage qu'on a compris que c'était sérieux», se souvient cette sexagénaire. Certains passagers virent de la fumée monter des ponts inférieurs. Par haut-parleurs, tout le monde fut informé qu'un incendie s'était déclaré dans la salle des machines et que le navire allait être évacué. D'après tous les témoignages, l'annonce ne provoqua aucun mouvement de panique. Sans doute parce que la mer était quasiment d'huile, cette nuit-là, dans le détroit séparant le Danemark et la Suède. Une chance. En outre, le jour commençait déjà à se lever, comme d'habitude en cette saison dans le nord de l'Europe. La situation semblait sous contrôle.

Sauveteurs bien préparés

Un quart d'heure après que le capitaine eut envoyé un appel de détresse, un premier bateau arrivait sur les lieux. D'autres allaient suivre, ainsi que 13 hélicoptères des secours suédois, danois et norvégiens. Les 1168 passagers – norvégiens et allemands en majorité – furent transférés vers le port suédois de Göteborg, tandis que la plupart des 172 membres d'équipage restaient à bord. L'incendie put être éteint vers 6 heures. Contrairement aux craintes initiales, il avait été contenu à la salle des machines.

Passagers et sauveteurs pouvaient pousser un «ouf» de soulagement. Le bilan léger – quelques intoxications légères, une épaule démise et une bonne dose d'émotions – allait toutefois s'alourdir plus tard avec le décès à l'hôpital d'une Norvégienne de 73 ans, pour cause d'arrêt cardiaque. C'est à Göteborg aussi que fut remorqué le ferry bleu et blanc, construit en 1981.

L'enquête a commencé pour déterminer l'origine de l'incendie, encore inconnue hier soir.

Même si le drame a pu être évité, les médias scandinaves ont accordé une grande place à la nouvelle. Tout le monde a encore en mémoire plusieurs catastrophes maritimes récentes. En septembre 1994, quelque 850 personnes avaient péri dans le naufrage du ferry Estonia dans une tempête en mer Baltique. Et il y a neuf ans, non loin de Göteborg, un incendie avait fait 158 morts à bord du ferry norvégien Scandinavian Star. Des événements qui avaient eu pour effet de mieux préparer les opérations de sauvetage. Ces efforts-là, hier, ont porté leurs fruits.