C’est la pire catastrophe de l’histoire aérienne française. Et, à ce jour, la plus mystérieuse. Lundi soir, des avions de reconnaissance français, espagnol et brésiliens fouillaient l’immensité de l’océan Atlantique à la recherche du vol 447 d’Air France, disparu avec ses 228 passagers (dont 58 Brésiliens, 61 Français, 26 Allemands, six Suisses) et membres d’équipage dans une zone connue pour ses phénomènes météorologiques extrêmes.

L’appareil, un Airbus A330 mis en service en 2005, décolle de Rio de Janeiro à destination de Paris dimanche, à 19 h 03 heures locales, soit 00 h 03 heure suisse. Trois heures et demie plus tard, il établit son dernier contact radio avec les contrôleurs brésiliens. Il se trouve alors à 565 kilomètres de la pointe orientale du Brésil, et vole à un peu moins de 11 000 mètres d’altitude, à une vitesse de 840 km/h.

L’équipage précise qu’il va atteindre la zone de contrôle du Cap-Vert moins de cinquante minutes plus tard, à 4 h 20 du matin heure suisse. L’appareil entre ensuite dans une portion de l’océan que ne couvre aucun radar civil. Durant la traversée de ce trou noir, ses pilotes sont censés donner des nouvelles par radio, toutes les quinze minutes.

«Pot au noir»

A 4 heures du matin, selon Air France, l’Airbus rencontre une «zone orageuse avec fortes turbulences»; quatorze minutes plus tard, il émet «un message automatique […] indiquant une panne de circuit électrique». Les contrôleurs aériens de plusieurs pays tentent de le contacter, en vain. L’avion ne donnera plus signe de vie.

Que s’est-il passé? A ce stade, Air France privilégie l’hypothèse d’un incident lié aux conditions météorologiques. «C’est l’une des zones où il y a le plus d’orages au monde», explique Etienne Kapikian, prévisionniste à Météo France, au sujet du secteur où l’avion a disparu. Appelée Zone de convergence intertropicale ou «Pot au noir», elle voit se former des cumulo-nimbus hauts de 15 à 16 kilomètres – bien au-dessus de l’altitude de vol habituelle des avions civils. Les vents peuvent y atteindre plus de 100 km/h. A l’heure présumée de l’accident, vers 4 h du matin, «on a vu de nombreux orages qui éclataient au large de la Guinée, des orages assez costauds et assez nombreux», précise Etienne Kapikian.

Selon François Grangier, du Bureau d’enquête et d’analyse, responsable des investigations lors d’accidents aériens, le vol 447 d’Air France a dû être victime de «quelque chose d’extrêmement soudain et brutal», a-t-il déclaré sur la chaîne d’information continue BFM-TV. Cela explique que ses pilotes n’ont pas eu le temps de signaler le problème qu’ils rencontraient.

Autre indice: les balises de détresse qui équipaient l’avion sont restées muettes. «Cela tendrait à prouver qu’elles ont été détruites avant de pouvoir émettre, donc que la catastrophe a été très rapide», a estimé Philippe Hazane, sous-directeur du Centre national d’études spatiales.

«Foudroiement malpoli»

Le directeur de la communication d’Air France, François Brousse, a cité comme «l’hypothèse la plus vraisemblable» le fait que l’avion «a été foudroyé». Ce scénario étonne les experts: en général, la foudre ne laisse sur les avions que des marques insignifiantes. Mais on ne peut écarter l’éventualité d’un «foudroiement malpoli», atypique, qui aurait entraîné des dégâts dévastateurs: perforation des parois, onde de choc détruisant les câblages, perturbation des équipements de bord.

Ces dernières années, seuls deux accidents ont été attribués à la foudre: le crash d’un avion chinois en 2000, qui avait fait 49 morts, et celui d’un Boeing 737 kényan, en 2007 au Cameroun, qui avait tué 114 personnes. Mais l’usage de matériaux peu conducteurs comme la fibre de carbone – le fuselage d’un Airbus 330 en compte 10% – rend les appareils récents plus vulnérables aux éclairs. Il faut les «métalliser» pour réduire ce risque.

Une défaillance des mesures de métallisation a-t-elle joué un rôle dans l’accident? Et pourquoi les pilotes n’ont-ils pas évité l’orage qui leur a sans doute été fatal? L’enquête qui devra percer le mystère du vol Air France 447 ne fait que commencer.