Qui battait la campagne de Facebook et Twitter ces jours derniers n’aura pas manqué de les apercevoir sur son mur d’actualité ou sa timeline, ces vidéos et photos qui retracent en des plans saisissants la catastrophe minière dite de Samarco au Brésil: «Un barrage de déchets de minerais de fer a cédé le 5 novembre de cette année près de la ville historique de Mariana, libérant une gigantesque coulée de boue qui a totalement submergé le village de Bento Rodrigues, faisant au moins 13 morts», nous disent les agences qui ont relaté la catastrophe en son temps. C’est-à-dire au début du mois de novembre.

Un barrage de minerais qui cède, une coulée qui se répand ensuite sur 650 km à travers le lit du fleuve Rio Doce. Des milliers d’animaux annihilés, des millions de poissons asphyxiés, un village dévasté, et près de 300 000 personnes, depuis, privées d’eau… Vous ne vous en étiez pas aperçu? La nouvelle vous avait échappé? Soyons honnêtes: comme à nous au fond. Jusqu’à l’imminence de l’ouverture de la COP21. Mais depuis, cette histoire qui était passée comme inaperçue sur les réseaux sociaux que nous fréquentons est remontée comme une fusée dans la perception rétinienne des internautes, comme en témoigne par exemple un post de Nicolas Hulot sur sa page Facebook.

Les internautes ne s’y sont pas trompés: l’un d’eux s’écrie sur Facebook ce dimanche 29 novembre: «Mais l’information n’est pas nouvelle! Elle date du 5 novembre»!

Cet internaute n’a pas tort: l’info n’est pas nouvelle. Elle offre cependant l’illustration parfaite de ce qu’on appellera dans l’écosystème d’une information sa résonance médiatique. Le 5 novembre, on parle certes déjà de la COP21, mais dans le radar instantanéiste de l’information, tout cela est encore bien loin. La catastrophe de Samarco n’est qu’une nouvelle catastrophe régionale, dans un pays qui n’en a pas manqué par le passé. Une catastrophe de plus. Point barre. Le 5 novembre et les jours suivants, la catastrophe est certes relatée, mais la catastrophe ne résonne guère.

A mesure, cependant, qu’approche ce grand rendez-vous écologique qu’est la COP21, Homo sapiens commence à ouvrir ses écoutilles, à percevoir de plus en plus clairement la petite musique écologique qu’il n’entendait pas encore, pas si fort ni si distinctement le 5 novembre. Et tout à coup cristallise ce phénomène que j’ai nommé la résonance: le sujet rencontre enfin un espace où vibrer avec plus d’intensité. La catastrophe de Samarco sort alors de sa chambre sans écho, pour donner toute sa mesure et son ampleur sur les réseaux. Elle a fini par rencontrer la COP21, quand bien même cette rupture de barrage n’a pas de lien direct avec le réchauffement climatique. C’est qu’elle a tout à voir cependant avec le moteur émotionnel, philosophique et quasi transcendantal de la conférence: le souci écologique. En d’autres termes, la catastrophe de Samarco incarne de manière immédiate, et immédiatement iconique, la Terre bafouée et blessée par une activité humaine prédatrice, dominée par la démesure, le lucre et la cupidité.

Considérons un instant le degré de complexité diplomatique de la conférence qui s’est ouverte lundi à Paris. La COP21, nous explique ainsi Wikipédia, «c’est à la fois la 21e Conférence des parties (en anglais: Conférence of the Parties, d’où le nom COP21) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et la 11e Conférence des parties siégeant en tant que réunion des parties au Protocole de Kyoto (CMP-11)». Il faut retenir son souffle pour ne pas se prendre les pieds dans le tapis. Et ce n’est évidemment pas avec ce galimatias que l’on va émouvoir Homo sapiens.

C’est pourquoi, ce week-end, il a plébiscité ces images de Samarco… qu’il n’avait su voir vingt jours plus tôt.