Des rues transformées en torrents, des éboulements de terrain meurtriers dans les favelas, un centre-ville déserté: Rio de Janeiro a sombré dans le chaos en raison de pluies torrentielles qui ont fait au moins 95 morts en vingt-quatre heures, et s’apprêtait à passer une seconde nuit difficile.

Le maire de Rio Eduardo Paes a prévenu en début de soirée que les fortes pluies devaient se poursuivre toute la nuit, appelant une nouvelle fois la population, lors d’une conférence de presse, à ne pas rester dans les zones de risque. Il a aussi indiqué que les écoles publiques resteraient fermées mercredi.

«Ce sont les pluies les plus fortes à s’être jamais abattues sur Rio», a assuré le président Luiz Inacio Lula da Silva présent dans la ville qui doit organiser d’ici à 2016 les deux principaux événements sportifs du monde.

Lula a cependant affirmé aux journalistes que Rio était «prête pour accueillir très tranquillement les Jeux Olympiques de 2016 et la Coupe du monde de football de 2014», ajoutant que ce «type de tragédie n’arrive pas tous les jours».

Selon l’Institut national de météorologie (Inmet) qui mesure les précipitations depuis 1917, les pluies des dernières heures sont les plus importantes en 48 ans.

Ces pluies ont littéralement «inondé» le microblog Twitter où près d’un million de commentaires et de critiques ont surgi à propos de cette tempête surnommée par les internautes «caosnorio» (chaos à Rio).

Des experts ont mis en cause l’urbanisation sauvage de Rio, une ville située entre la mer et la montagne.

Selon la Défense civile, le bilan n’a cessé de s’alourdir au long de la journée de mardi, avec 95 morts et 4 disparus dans l’Etat de Rio, dont 35 dans la capitale. La plupart des victimes ont été ensevelies par des glissements de terrain dans des favelas du centre et de la zone nord et celles de la région métropolitaine de Niteroi et Sao Gonçalo de l’autre côté de la baie de Rio.

Le gouverneur de Rio, Sergio Cabral, a décrété trois jours de deuil. L’Etat avait déjà subi de fortes pluies fin décembre qui avaient fait 72 morts, la plupart dans les sites touristiques d’Ilha Grande et Angra dos Reis.

Mardi, le centre de Rio était quasiment désert et la plupart des commerces, banques ou bureaux étaient fermés tout comme les écoles.

Les deux tiers des vols au départ de l’aéroport intérieur de Santos Dumont ont été annulés.

Les pluies ont commencé lundi soir vers 17H00 locales (21 heures, heure suisse), en pleine heure de pointe, surprenant les habitants tentant de regagner leurs domiciles. Certains ont préféré dormir sur leur lieu de travail alors que des rues étaient transformées en torrents, obligeant les pompiers à utiliser des canots pneumatiques pour secourir les personnes bloquées.

Dans le quartier résidentiel du Jardin botanique, des hommes et des femmes, de l’eau jusqu’à la taille, essayaient péniblement de rentrer chez eux, selon des images de la télévision.

«Je suis sortie du centre-ville à 20h et je suis arrivée chez moi, en bus, à huit heures du matin, un trajet qui en temps normal se fait en 40 minutes», a rapporté une journaliste de l’AFP, une odyssée vécue par des milliers de cariocas. Son autobus est resté bloqué en raison des inondations dans le quartier du Maracana où se trouve le célèbre stade, temple du football brésilien.

La police militaire a ouvert ses casernes pour héberger les sinistrés ou ceux n’ayant pu rentrer chez eux en raison du manque de trains et d’autobus, seul le métro fonctionnant à peu près normalement, a indiqué le secrétaire à la sécurité publique, José Mariano Beltrame.