ONU

Une Chilienne pour sauver les droits de l’homme

L’ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet, dirigera le Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Avec une mission prioritaire: maintenir son office

La Cité de Calvin s’apprête à accueillir une nouvellle hôte de marque: Michelle Bachelet. L’ancienne dirigeante chilienne a été désignée par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, pour prendre la tête du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, institution emblématique de la Genève internationale. Les 193 Etats membres de l’ONU devraient confirmer son choix ce vendredi au siège new-yorkais de l’organisation.

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Un choix que le Suisse Nils Melzer, qui s’était aussi porté candidat au poste, juge excellent. «Son CV est impressionnant. Expérience, poids politique, crédibilité, elle remplit toutes les cases pour la fonction», juge-t-il. Présidente à deux reprises de son pays, Michelle Bachelet a également été la première directrice d’ONU Femmes, une agence de promotion de l’égalité des genres. Elle fut par ailleurs une victime de la torture mise en place sous le régime du général Pinochet, une dictature qui élimina son père, lui-même militaire. Pédiatre de formation, elle s’était spécialisée dans les troubles des enfants victimes de violences avant de se lancer en politique.

Une Déclaration qui s’érode

Un parcours de vie qui lui sera précieux pour affronter l'«un des emplois les plus difficiles du monde», estimait, peu avant l’annonce, Kenneth Roth, le directeur de l’ONG américaine Human Rights Watch. «Sa tâche primordiale sera de rétablir le soutien universel aux droits de l’homme», explique Nils Melzer qui officie comme rapporteur spécial de l’ONU contre la torture. Alors que l’on célébrera en fin d’année le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, celle-ci est de plus en plus contestée partout dans le monde.

«La génération de la Deuxième Guerre mondiale disparaît, et ses leçons avec, du coup nous ne sommes plus conscients de la valeur de cette Déclaration, poursuit Nils Melzer. Le Conseil des droits de l’homme est affaibli avec le retrait des Etats-Unis, les contributions diminuent, la société civile perd ses soutiens, même en Occident.» En définitive, c’est la fonction même de haut commissaire qui serait en danger.

Pression des conservateurs

Donnée favorite depuis le début de l’année et l’annonce du renoncement de son prédécesseur, le prince Zeid Ra’ad al-Hussein, à briguer un second mandat, Michelle Bachelet a été désignée au terme d’un processus resté totalement opaque, un fait que déplorent les ONG. Seul Nils Melzer avait fait part de son intérêt sur Twitter, espérant ainsi encourager un processus plus ouvert. En vain. «Mon initiative a déclenché une discussion, mais les autres candidats n’y ont pas pris part, c’est dommage», regrette celui qui enseigne à l’Académie de droit international humanitaire et de droits humains à Genève.

Si la diplomatie française s’est félicitée de ce résultat, on ne sait rien des préférences des grandes puissances, sinon que les Etats-Unis avaient un autre favori. Nikki Haley, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, a publié un communiqué enjoignant Michelle Bachelet d'«éviter les erreurs du passé», en référence aux résolutions visant Israël. Le choix de la socialiste est critiqué par les milieux conservateurs qui pointent du doigt son comportement jugé trop conciliant envers Cuba ou le Venezuela.

Tourner la page Zeid

Saluée par les ONG de défense des droits de l’homme, la combativité de Zeid Ra’ad al-Hussein pour dénoncer nommément les responsables des dérives populistes à travers la planète lui a valu une défiance grandissante des Etats, à commencer par les membres du Conseil de sécurité. Il s’était ainsi placé dans une position intenable, y compris vis-à-vis du secrétaire général de l’ONU. Ce dernier était en quête d’un haut-commissaire plus consensuel.

«Le haut-commissaire est mandaté par les Etats pour les aider à respecter leurs obligations. Sa fonction clé est d’être un pont entre les Etats et les victimes des violations. Zeid n’a pas su comment gérer cette tension. Il est devenu un activiste, mais au prix de son impact au niveau de la protection», juge Nils Melzer. A 66 ans, Michelle Bachelet est considérée comme une «championne du droit des femmes». Antonio Guterres compte désormais sur elle pour préserver les institutions des droits humains.

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