La guerre EU-Chine est donc déclarée. En réponse à la taxe punitive infligée sur les panneaux solaires chinois annoncée mardi, Pékin a rétorqué dès le lendemain en lançant une enquête antidumping sur le vin européen vendu sur son marché. Quelques jours plus tôt, elle avait ouvert une enquête portant sur certains produits chimiques.

Membre de l’Organisation mondiale du commerce, la Chine a le droit de lancer une telle procédure, tout comme elle peut contester la mesure antidumping sur les panneaux solaires. Bruxelles soupçonne les fabricants chinois d’exporter leurs produits à un prix inférieur à leur prix coûtant. Les panneaux chinois occupent désormais 88% du marché européen alors même que les fabricants européens peinent à écouler leurs produits en Chine, malgré leur supériorité technologique.

Mais cette guerre vient de prendre une tournure qui dépasse la logique commerciale. La mesure chinoise ne vise pas l’ensemble des Vingt-Sept, mais cible les maillons faibles, plus particulièrement la France. Alors que dix-huit Etats, menés par l’Allemagne, s’étaient opposés à la politique offensive de la Commission vis-à-vis de la Chine, Paris avait apporté tout son soutien à Karel de Gucht, le commissaire européen chargé du Commerce. C’est elle qui est le plus grand fournisseur de vin européen aux nouveaux riches chinois, un marché en pleine croissance. En 2012, elle avait écoulé pour 546 millions d’euros sur un total de 760 millions. La Chine se veut donc amicale avec ceux qu’elle peut influencer grâce à son gigantesque marché ou grâce à ses prêts et investissements, mais hostile vis-à-vis de ceux qui mettent des bâtons dans ses roues.

« Nous sommes sereins et nous croyons qu’il n’y a pas de pratique de dumping de vin sur le marché chinois », s’est rassuré un porte-parole de la Commission. Il n’empêche que la France aura de la peine à démontrer qu’elle ne subventionne pas ses viticulteurs tant à la production qu’à l’exportation.

Mais au-delà des problèmes de panneaux solaires et de vin, Pékin fait de la querelle une question politique. La Chine a montré sa mauvaise humeur la semaine dernière lorsque son nouveau premier ministre Li Keqiang est passé à Berne, puis à Berlin, mais a boudé Bruxelles, alors même que celle-ci a manifesté une volonté de négocier un accord sur les investissements avec Pékin.

Le même message s’adresse aussi aux Etats-Unis qui accueillent ce vendredi le président chinois Xi Jinping. De nombreux conflits – commerciaux et militaires – sont au menu. Selon la presse chinoise, la deuxième puissance économique veut faire comprendre que l’ère des intimidations est terminée et qu’elle est désormais en mesure de répliquer aux attaques.