Au terme d'un nouveau round de négociations secrètes, Ehoud Olmert (Kadima) et le leader du Parti travailliste israélien Amir Peretz sont parvenus à se partager les grands portefeuilles du nouveau gouvernement dont la composition sera officiellement annoncée la semaine prochaine.

Comme prévu, Olmert restera premier ministre et Tsipi Livni gardera le portefeuille des Affaires étrangères. En revanche, le faucon Shaoul Mofaz perdra le Ministère de la défense au profit de la colombe Peretz. Pour les chroniqueurs locaux, il s'agit d'une véritable révolution puisque la Défense est considérée comme le ministère le plus influent de la société israélienne et que son titulaire est traditionnellement issu de l'appareil sécuritaire de l'Etat hébreu. Or, Amir Peretz n'est pas un ancien général comme Mofaz et comme ses prédécesseurs. Certes, il a effectué son service national en tant que capitaine et il a été gravement blessé durant la guerre du Kippour (octobre 1973), mais son cursus militaire n'est pas plus fourni que cela. En raison de ses blessures de guerre, il a d'ailleurs été exempté des périodes de réserve auxquelles les anciens de Tsahal (l'armée) étaient habituellement astreints.

«Peretz est conscient de ses faiblesses en matière militaire. Il aurait d'ailleurs préféré devenir ministre des Finances afin d'initier les grandes réformes sociales promises durant la campagne. L'ennui, c'est que ni Olmert ni les milieux d'affaires ne voulaient de ce «bolchevik» au Trésor. Que restait-il d'autre? La Défense, même si l'arrivée de Peretz y fera grincer des dents», explique l'éditorialiste Hanan Krystal. Qui poursuit: «La tâche du leader travailliste à la tête de ce ministère ultrasensible ne sera pas facile. Membre du mouvement «La paix maintenant» dès sa création, hostile aux «liquidations» ainsi qu'à la colonisation, il va devoir gérer les pressions du très puissant lobby militaire. Dès son entrée en fonction, il devra gérer une série de problèmes très concrets comme la poursuite de la construction du mur de séparation en Cisjordanie, la dégradation de la situation dans les Territoires où les accrochages s'intensifient entre le Fatah et le Hamas (43 blessés en deux jours), etc. Cela, alors que ses détracteurs ne manqueront pas la moindre occasion de l'accuser de «faiblesse» et de critiquer son «inexpérience». Il devra s'imposer rapidement dans un milieu où personne ne lui fera de cadeau.»

«Risque important»

Un avis partagé par la chroniqueuse Rina Massliah selon laquelle «Peretz prend un risque important en acceptant un département qui n'est peut-être pas taillé pour lui». «Au sein du Parti travailliste, beaucoup lui ont recommandé ne pas accepter ce portefeuille mais il ne les a pas écoutés, affirme-t-elle. Il sait que les ministres de la Défense sont toujours populaires en Israël et il a besoin de cela pour s'imposer définitivement à la tête du Parti travailliste tout en préparant la suite de sa carrière.»