Les Américains ne désignaient pas seulement leur président, mais renouvelaient aussi la Chambre des représentants et une partie du Sénat. Dans cette dernière enceinte, stratégique, c’est la bouteille à encre, même si l’espoir des démocrates de renverser l’étroite majorité républicaine s’amenuise. Voici le profil de quelques personnalités élues ou en ballottage favorable.

■ Marjorie Taylor Greene, une complotiste au Congrès

La Chambre des représentants restera aux mains des démocrates, selon les estimations des médias américains, même si le dépouillement n'était pas terminé dans un grand nombre de circonscriptions. De l’autre côté de l’hémicycle, les républicains sont travaillés par des courants de plus en plus extrémistes. Symbole de cette évolution, l’élection à la Chambre des représentants d’une adepte de QAnon. Selon cette théorie complotiste, les Etats-Unis seraient menacés par une alliance satanique et pédophile mêlant les médias, les démocrates ou Hollywood, à laquelle seul Donald Trump peut faire barrage.

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Marjorie Taylor Greene a été élue haut la main dans un district de Géorgie, Etat du Sud remporté par Donald Trump il y a quatre ans, mais qui est cette fois disputé. Selon les médias américains, une vingtaine de candidats soutenant de près ou de loin des théories complotistes convoitaient un siège au Congrès. Seule l’entrepreneuse de 46 ans louée comme une «future star» républicaine par Donald Trump est parvenue à ses fins. Sa victoire était acquise après le retrait de son principal adversaire.

Dans la dernière ligne droite de sa campagne, Marjorie Taylor Greene s’est distanciée de QAnon. Mais elle n’a rien renié de ses convictions «pour les armes et pour la vie». Dans une vidéo de campagne, on la voit tirer au fusil d’assaut sur le «Socialism» ou le «Green New Deal». La nouvelle représentante retrouvera les promotrices de cet ambitieux plan de relance vert sur les bancs de la Chambre des représentants, à commencer par la benjamine démocrate du Congrès Alexandria Ocasio-Cortez, de New York, ou les élues musulmanes Ilhan Omar du Minnesota et Rashida Tlaib du Michigan, toutes réélues après leur victoire surprise de 2018. L’ambiance sera garantie à Washington et les débats risquent d’être encore davantage polarisés.


■ Mark Kelly, l’astronaute qui a décroché l’Arizona

Plusieurs bonnes surprises pour Joe Biden et les démocrates viennent d’Arizona. Le candidat démocrate à la présidence est en bonne position pour remporter cet Etat, qui avait voté Donald Trump en 2016, et rester en tête dans la course à la Maison-Blanche. Les démocrates ont aussi gagné dans cet Etat de l’Ouest un siège crucial de sénateur, entretenant un mince espoir de renverser la majorité républicaine au Sénat. Ils le doivent à un ancien astronaute et militaire à la retraite: Mark Kelly, 56 ans. L’astronaute avait acquis sa notoriété en effectuant plusieurs séjours prolongés dans la station spatiale internationale, comme son frère jumeau Scott. Mais les deux jumeaux n'ont jamais été dans l'espace ensemble, ce qui aurait été une première.

Le nouvel élu est aussi le mari d’une ancienne représentante démocrate, qui s’est retirée de la politique après avoir été blessée dans une fusillade. Le démocrate l’a emporté face à une autre célébrité locale, la sénatrice républicaine Martha McSally, une ancienne pilote de chasse engagée en Irak. Elle avait été nommée après le décès en 2018 de John McCain, emblématique sénateur républicain et l’un des rares critiques de Donald Trump au sein du Parti républicain.


■ Lindsey Graham et la résilience des fidèles de Trump

On le disait en grand danger. Mais le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, un grand allié de Donald Trump, a largement été réélu face à son adversaire démocrate afro-américain Jaime Harrison, malgré des dons record. «Nous l’avons fait», a déclaré Lindsey Graham, après sa victoire, estimant que les donateurs démocrates de «New York et de Californie» avaient gaspillé leur argent en finançant son adversaire. Le sénateur a promis de continuer de lutter contre l’agenda politique «de gauche radicale» promu par la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates. De manière générale, les sénateurs les plus fidèles à Donald Trump n’ont pas eu à pâtir de la posture ultra-polarisante du président. La plupart d’entre eux ont été réélus.


■ Raphael Warnock, en attendant la Géorgie

La majorité des républicains au Sénat ne tenait avant le scrutin de mardi qu’à trois sièges (53 sièges contre 47 aux démocrates). Seul un tiers de la Chambre haute est renouvelé cette année. Alors que les résultats se font attendre dans plusieurs Etats pour déterminer le futur locataire de la Maison-Blanche, la majorité au Sénat pourrait encore basculer… le 5 janvier.

C’est en effet à cette date qu’est prévu un second tour en Géorgie, une autre étrangeté dans un système électoral américain qui n’en manque pas. Au premier tour, le démocrate Raphael Warnock est arrivé en tête devant deux élus républicains. Mais ce révérend baptiste afro-américain, décrit comme un «progressiste» favorable aux droits des minorités sexuelles par la chaîne conservatrice Fox News, aura fort à faire le 5 janvier.

Dans la course au Sénat, chaque siège comptera. L’assemblée est stratégique. Elle confirme les juges et les hauts fonctionnaires. Elle a le dernier mot sur les procédures d’impeachment, sauvant la présidence Trump en février dernier. En cas d’égalité parfaite entre les deux partis, 50 sièges chacun, c’est le ou la vice-présidente qui fait pencher la balance. Mais la course pour la Maison-Blanche est elle aussi «too close to call».