La reprise du dialogue de paix israélo-palestinien symbolisée dimanche par la chaleureuse poignée de main entre Yasser Arafat et le nouveau premier ministre Ehud Barak risque-t-elle d'être aussitôt remise en question jeudi à Genève? Ce 15 juillet, le Palais des Nations devrait accueillir une conférence extraordinaire sur la politique de colonisation israélienne afin de faire appliquer la Quatrième Convention de Genève dans les Territoires occupés. La majorité des 188 Etats signataires y est favorable. Ce serait une première depuis la création des Conventions de Genève en 1949. Mais Tel-Aviv aussi bien que son allié Washington ne veulent pas en entendre parler.

La conférence est réclamée par une résolution de l'ONU passée au début de l'année (lire encadré). La Suisse en tant qu'Etat dépositaire des Conventions de Genève est priée non pas d'organiser ce rendez-vous, comme on le précise avec insistance à Berne, mais de servir d'intermédiaire entre les parties. Un vrai casse-tête dans lequel la Suisse craint par-dessus tout les risques de politisation du droit humanitaire international. Depuis plusieurs semaines, ses diplomates essayent de trouver un terrain d'entente sur la forme, le contenu et le but concret à donner au rendez-vous. En vain. A trois jours de la conférence, les représentants de 25 pays se retrouvaient hier à Genève pour en discuter. Les négociations se poursuivent aujourd'hui, faute d'accord. «C'est très, très délicat», explique un diplomate suisse.

Malgré la rencontre d'Erez de dimanche et l'engagement d'Israël à appliquer les Accords de Wye Plantation, les Palestiniens semblent déterminer à aller jusqu'au bout pour obtenir satisfaction. «Nous voulons une grande conférence. Bien sûr qu'elle aura lieu», explique ainsi Nabil Ramlawi, le représentant palestinien auprès de l'ONU à Genève. Les Etats arabes, l'Inde et le Pakistan comptent parmi ses plus importants soutiens. Plusieurs Etats européens, également favorables à la conférence, plaident néanmoins à présent pour un report de la réunion. Le temps, pour le nouveau gouvernement Barak, de relancer le dialogue.

«Farce», «réunion illégale»

En Israël, on dénonce la manipulation des Conventions de Genève et le double langage des Palestiniens. Le ministre israélien des Affaires étrangères, David Levy, expliquait dimanche qu'une telle conférence serait une menace pour le renouveau du processus de paix. «On ne peut pas à la fois discuter et négocier tout en appelant à notre condamnation. Si la conférence est annulée cela renforcera la confiance mutuelle.»

«C'est une farce, renchérit l'ambassadeur d'Israël à Berne, Yitzchak Mayer. Mais une farce qu'on ne peut pas prendre à la légère. La politisation des Convention de Genève va rendre la vie des organisations humanitaires beaucoup plus difficile.» Les Etats-Unis, où se rendra ce même jeudi Ehud Barak, considèrent pour leur part que cette réunion est tout simplement illégale: la Convention ne prévoit pas de juger la politique menée par des Etats isolés. «Cette conférence serait une attaque frontale contre le processus de paix», soulignent des diplomates américains à Genève.

La pression internationale reste toutefois très vive. Ainsi, les 14 et 15 juin derniers, une rencontre organisée par les Nations unies au Caire pour soutenir la convocation de la réunion a réuni 100 gouvernements, des Palestiniens, 5 organisations intergouvernementales, 11 agences de l'ONU ainsi que des représentants d'organisations non gouvernementales et des médias. Les délégués ont invoqué le 50e anniversaire de la signature des Conventions de Genève et le centenaire de la première conférence de la paix de la Hague afin de soutenir la conférence de jeudi qui marquerait un «renforcement» de ces conventions. Les participants ont également appelé à la mise sur pied de mécanisme de suivi de la conférence, un comité qui pourrait être placé sous la direction de la Suisse avec la participation du CICR.

Consciente de son devoir de promouvoir les Conventions de Genève, mais également soucieuse de respecter son statut de neutre, la Suisse «ne cherche ni à promouvoir, ni à empêcher la conférence», selon les termes de la porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Yasmine Chatila. «Nous assurons la liaison et nous nous laissons guider par les Etats parties à la négociation.» Hier soir, les 25 pays concernés étaient en majorité toujours favorables à une conférence. Mais des divergences subsistaient sur sa forme et ses buts. Il se pourrait bien qu'une solution de compromis se profile en vue d'un report de trois ou quatre mois de la réunion. Selon l'Agence télégraphique suisse, les Etats-Unis et Israël seraient prêts à faire ce pas qui pourrait avoir plus de succès qu'un boycott.