Les 70 membres d'équipage d'un sous-marin chinois ont péri lors d'un exercice suite à une défaillance technique. Cette catastrophe a eu lieu «récemment» dans les eaux territoriales chinoises, selon les informations de l'agence officielle Chine nouvelle, à l'est des îles de Neichangshanau (province du Liaoning), non loin de la Corée du Nord. Aucune indication n'a été donnée sur le type de sous-marin, sinon son numéro 361, ni sur la nature des problèmes mécaniques. La marine chinoise précise uniquement que l'engin «à propulsion conventionnelle» a déjà été remorqué vers un port. L'ex-chef du PC chinois, Jiang Zemin, qui a conservé la présidence de la puissante Commission des affaires militaires, a envoyé vendredi un message de condoléances aux familles des victimes.

Il se pourrait que le sous-marin en question soit d'origine russe. La Chine a en effet passé commande, en juin dernier, de huit sous-marins de type Kilo Class 636 pour un contrat de 1,6 milliard de dollars. Quelques années auparavant, Pékin avait déjà acquis quatre appareils de ce type fonctionnant au diesel et réputés très silencieux. Ces sous-marins peuvent être équipés de systèmes de missiles à longue portée (225 km) contre les navires.

Mais la Chine a également tenté de développer sa propre gamme de sous-marins qui semblent toutefois avoir connu quelques problèmes. Selon la revue Jane's Defense Weekly, Pékin avait lancé un projet de plusieurs milliards de dollars avec notamment l'assistance d'Israël. Les premiers essais de ces sous-marins appelés Song auraient échoué en 1995. Une seconde version de ce modèle était toujours testée en l'an 2000, mais elle était très en retard sur le calendrier prévu et toujours loin d'être achevée. Le Song devait remplacer les sous-marins d'attaque Ming (Romeo-Class) introduit en 1962.

Selon des analystes militaires cités par le New York Times, la Chine construisait l'été dernier une nouvelle génération de sous-marins dont certains à propulsion nucléaire. A la même époque, le Washington Post soulignait pour sa part que les achats de matériels russes n'étaient pas sans poser des graves questions sur la capacité des Chinois à utiliser correctement ces appareils. Par le passé, la marine chinoise avait déjà été confrontée à des problèmes opérationnels du fait du manque de formation des équipages. Le quotidien américain soulignait également que les sous-marins russes avaient déjà connu des ennuis mécaniques, de batteries en particulier. La Chine devait ainsi toujours envoyer ses Kilos Class en Russie pour assurer leur maintenance.

Les Kilo Class commandés par la Chine sont développés par le groupe Admiralteyskie Verfi Shipbuilding basé à Saint-Pétersbourg. Mais ils sont construits dans une usine proche de la frontière chinoise sur le fleuve Amour. Depuis l'an 2000, la Chine est le plus gros acheteur d'armement au monde et la Russie est de loin son principal fournisseur.

La modernisation des forces navales chinoises vise premièrement à dissuader Taïwan de déclarer son indépendance, à faire ensuite contrepoids aux forces américaines dans un périmètre proche de ses côtes, enfin à assurer les routes maritimes par lesquelles transitent les importations chinoises de pétrole de plus en plus importantes. Pour contrer les efforts de Pékin, Washington a promis en 2001 de vendre huit sous-marins à Taipei. Le budget militaire chinois est officiellement de 20 milliards de dollars par an. Même si on admet qu'il est en fait au moins trois fois plus élevé, on est toujours très loin du budget américain à la Défense qui s'élevait l'an dernier à 400 milliards de dollars.