Moussa Dadis Camara, chef autoproclamé de Guinée-Conakry depuis le coup d’Etat militaire du 23 décembre 2008, sera-t-il candidat à l’élection présidentielle de janvier 2010 malgré les pressions internationales? Ce capitaine imprévisible dont les colères frisent l’hystérie paraît déterminé à s’accrocher au pouvoir.

«Dadis Show»

Vendredi dernier, l’Union africaine l’a menacé de sanctions (non précisées) s’il ne tient pas sa promesse de ne pas se présenter. L’ambassadeur d’Allemagne a essayé la persuasion et s’est fait humilier en public. La France l’a appelé à respecter ses engagements. En vain. Menaces et manifestations de rue semblent au contraire renforcer la détermination de Moussa Dadis Camara qui multiplie les «mouvements de soutien» à sa candidature présidentielle.

Dans la galerie des dictateurs d’opérette, ce capitaine de 45 ans s’est fait une place de choix en quelques mois grâce à YouTube. Sa journée de travail commence en fin d’après-midi. Il reçoit le soir et la nuit – s’il le veut bien, et selon un agenda que lui seul connaît. Il traite les affaires d’Etat dans une antichambre du camp Alpha-Yaya-Diallo – sous l’œil des caméras. Il nomme et révoque sur-le-champ les hauts fonctionnaires, insulte son premier ministre ou le patron d’une société minière, s’enflamme pour vanter son origine modeste ou l’orgueil national, crie, menace. Tout cela est devenu le «Dadis Show» sur le Web, dont les Africains de l’Ouest font des gorges chaudes.

Il n’y a pas de quoi rire. Non seulement la Guinée-Conakry, pourtant deuxième producteur mondial de bauxite, est classée 167e sur 179 pays selon l’indice de développement humain, mais la situation des droits de l’homme s’y est «remarquablement détériorée» depuis le coup d’Etat militaire, observe Biro Diawara, représentant d’Interfaith International qui organise un débat sur ce thème le 28 septembre à Genève.

Le pouvoir a bloqué la transmission de SMS auprès des quatre opérateurs quand il a vu que des critiques du régime y circulaient. Il a interdit à des radios de diffuser des sujets politiques avant de revenir sur cette mesure. Plus grave, trois gradés accusés de fomenter un coup d’Etat ont été arrêtés. L’un d’entre eux, le capitaine Saa Alphonse Toure, a été hospitalisé suite aux tortures qu’il a subies et a disparu depuis des semaines. On ignore ce qu’il est devenu.

En juillet, la junte mettait l’armée en alerte, affirmant que des «troupes financées par les narcotrafiquants» allaient attaquer le pays depuis le Sénégal, le Liberia et la Guinée-Bissau. Peu après, Moussa Dadis Camara dénonçait violemment ceux qui avaient pu proférer de telles rumeurs…

Soutien financier de Kadhafi

Le seul fait vrai dans ce délire paranoïaque est que la Guinée-Conakry est une plaque tournante du trafic de drogue entre l’Amérique du Sud et l’Europe. Le journaliste de France 24 Alain Chabod a filmé le fils de l’ancien chef d’Etat Lansana Conté, Moussa, accusé de trafic de drogue sous couvert d’une société fabricant des biocarburants.

Selon Jeune Afrique, le capitaine Moussa Dadis Camara, qui avait promis d’éradiquer la corruption du régime précédent, s’est entouré de membres de sa famille et de son ethnie à qui il attribue les gros marchés publics sans rendre de comptes à quiconque. Il a aussi reçu le soutien financier du colonel Kadhafi.

L’opposition est émiettée en plus de 80 partis. La fidélité de l’armée à son chef reste une énigme. Certains affirment que le ministre de la Défense, Konaté Sékouba, surnommé «Le Tigre», serait le véritable homme fort et arbitre de la situation.