Gérée par la gauche depuis 2004, la région Rhône-Alpes qui a fusionné avec celle d’Auvergne, a basculé dimanche soir à droite. Avec 40,61% des voix, la liste menée par Laurent Wauquiez a devancé celle du président sortant, le socialiste Jean-Jack Queyranne (36,84%). Le candidat du Front national (FN) Christophe Boudot (22,55%) arrive en troisième position.

Jean-Jack Queyranne avait pourtant réussi à faire liste commune avec les communistes et les écologistes. Contesté dans son camp pour son ancrage plus centriste que socialiste, plombé par un taux de chômage élevé dans la deuxième région industrielle de France, Jean-Jack Queyranne a expliqué la victoire du candidat Les Républicains (LR) «par un transfert des voix du FN». «Wauquiez a fait une campagne proche de certains thèmes de l’extrême droite», a indiqué Christian Dupessey, le maire socialiste d’Annemasse, qui a été élu et siégera sur les bancs de l’opposition au Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Vice-président de LR et député de la Haute-Loire, Laurent Wauquiez (40 ans), est le visage de la droite dite décomplexée. Farouche opposant au mariage homosexuel, il s’en est pris pendant sa campagne au cancer de l’assistanat. Au lendemain des attentats du 13 novembre, il a suggéré «d’emprisonner 4000 personnes faisant l’objet d’une fiche S». Avant le second tour, il a distribué un tract au ton frontiste: «L’immigration, ça suffit! Hollande ça suffit! Bruxelles ça suffit!»

Jean-Jack Queyranne a été un interlocuteur frontalier très à l’écoute des autorités helvétiques – des dossiers ont ainsi avancé comme le Ceva et les corridors biologiques –, qu’en sera-t-il avec Laurent Wauquiez? «Queyranne disait courageusement que l’agglo franco-valdo-genevoise était la seconde de Rhône-Alpes ce qui froissait les Grenoblois et les Stéphanois. Peu de chance que Wauquiez reprenne la phrase à son compte. Il est de Haute-Loire, baigne dans un milieu rural, il est donc très loin de Genève. Notre région ne sera pas sa préoccupation la première», estime Antoine Vielliard, le maire MoDem (centre) de Saint-Julien-en-Genevois. Cette ruralité explique en partie la victoire de Laurent Wauquiez qui a su tirer profit du redécoupage de la région avec une Auvergne des campagnes qui vote traditionnellement à droite.

En Bourgogne-Franche-Comté, la gauche l’a emporté d’extrême justesse (34,6%) devant la liste de droite (32,8%) et le FN (32,4%).