Le procès d’une éminente journaliste chinoise, accusée d’avoir divulgué des «secrets d’Etat», s’est ouvert vendredi à Pékin, malgré les appels à sa libération lancés par des organisations de défense des droits de l’Homme.

Gao Yu, 70 ans, comparaît à huis clos et encourt théoriquement la réclusion criminelle à perpétuité, pour des charges dont elle se dit innocente. La presse étrangère s’est vu interdire l’accès au tribunal.

Cette ancienne rédactrice en chef-adjointe du magazine Economics Weekly avait été arrêtée fin avril, dans une vague de mises à l’écart de militants des droits de l’Homme à l’approche du 25e anniversaire de la répression de Tiananmen.

La journaliste est accusée «d’avoir transmis des secrets d’Etat à des sources en dehors de la Chine», avait indiqué la police de Pékin.

Plus précisément, selon l’organisation Human Rights Watch (HRW), on lui reproche d’avoir transmis à un site internet basé aux Etats-Unis un document interne du Parti communiste chinois qui prônait un renforcement de la censure contre les idées réformistes.

Aveux arrachés, organisations indignées

Le 8 mai dernier, cette intellectuelle, récompensée par plusieurs prix internationaux, était apparue à la télévision d’Etat chinoise, dans un reportage où elle admettait ses fautes. Mais, a-t-elle expliqué plus tard à ses avocats, ces aveux lui ont été extorqués.

La «confession publique», procédé typiquement totalitaire issu de l’époque maoïste, connait une deuxième jeunesse sous le régime du président Xi Jinping, qui mène campagne pour le renforcement de «l’autorité de la loi».

«Je suppose être responsable d’actions qui ont enfreint la loi et porté atteinte aux intérêts du pays», avait déclaré Mme Gao dans cette confession télévisée. «J’ai commis une grosse erreur. J’admets ma culpabilité et je tire les leçons de cette expérience, de façon honnête et sincère».

Le procès de Gao Yu, première lauréate en 1997 du Prix mondial de la liberté de la presse de l’Unesco, suscitait vendredi les condamnations de diverses organisations de défense des libertés.

C’est une «attaque frontale contre la liberté d’expression et l’accès à l’information», a jugé Sophie Richardson, directrice pour la Chine de HRW.

«Mme Gao est la dernière victime en date de la loi sur les secrets d’Etat, arbitraire et formulée de façon vague, à laquelle les autorités ont recours pour cibler les militants des libertés», a de son côté dénoncé William Nee, d’Amnesty International.

Gao Yu a déjà répondu de divulgation de «secrets d’Etat», un chef d’inculpation qui lui avait valu d’être condamnée en 1993 à six ans de prison. Elle en était sortie en février 1999 pour «raisons médicales».

La journaliste d’investigation avait pris part aux manifestations pour la démocratie de Tiananmen en 1989, après quoi elle avait subi une première incarcération.