Planète  

Une étudiante néo-zélandaise attaque son gouvernement sur le climat

Le procès de l'Etat de Nouvelle-Zélande a démarré lundi à Wellington. L’enjeu pour la plaignante? Forcer son pays à limiter ses émissions de gaz à effet de serre. La démarche existe aussi en Suisse

Un procès un peu particulier démarre aujourd’hui à la Haute Cour de Wellington. Celui du gouvernement néo-zélandais, accusé par Sarah Thomson, 26 ans, de mener une politique inadéquate en matière de protection de l’environnement. L’étudiante en droit demande que son pays contribue à contenir l’augmentation globale de la température en deçà de 2°C en moyenne. Le procès, inédit en Nouvelle-Zélande, est prévu jusqu’à mercredi.

Précédant néerlandais

Partout dans le monde, y compris en Suisse, les actions en justice se multiplient pour dénoncer les effets du réchauffement climatique et pointer la responsabilité des dirigeants. Selon un rapport de l’ONU paru en mai, 884 plaintes ont déjà été déposées. En 2015, 900 citoyens néerlandais réunis autour de l’ONG Urgenda ont obtenu gain de cause devant un tribunal de La Haye. Une première victoire historique, aujourd’hui bloquée en appel.

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Une étudiante qui accuse la vice-première ministre néo-zélandaise chargée de l’environnement? Le combat a des allures de David contre Goliath. Originaire de Hamilton, Sarah Thomson a déposé plainte en 2015, inquiète de la gestion climatique dans son pays. A l’époque, l’ex-premier ministre John Key avait qualifié sa démarche de «blague».

«Je vois notre gouvernement autoriser plus d’explorations pétrolières, investir dans la construction de routes, mais faire si peu pour le développement du transport public, du vélo ou des voitures électriques, détaille aujourd’hui la jeune femme à Libération. C’est ma génération et les suivantes qui vont souffrir de ce manque de vision à long terme.»

Objectif «insuffisant»

Si la Nouvelle-Zélande a ratifié l’Accord de Paris sur le climat, le pays reste le cinquième plus gros émetteur de gaz à effet de serre de l’OCDE. Depuis 1990, ses émissions ont augmenté de 23%, en grande partie à cause de l’élevage de bovins. Son objectif, fixé à Paris en 2015, à savoir réduire de 11% ses émissions d’ici à 2030, est jugé «insuffisant» par Sarah Thomson. «Notre objectif est juste et ambitieux et n’a été établi qu’après un processus de consultation approfondi», se défend la ministre Paula Bennett au journal New Zealand Herald.

Alors que le président français Emmanuel Macron s’est engagé ce week-end à relayer un «pacte mondial pour l’environnement» à l’ONU, quel est le poids de l’outil juridique? «La portée est plus symbolique qu’effective», reconnaît Jorge E. Viñuales, professeur de droit international de l’environnement à l’Université de Cambridge. A ses yeux, la politique climatique est un domaine complexe et les dirigeants sont mieux placés que les tribunaux pour l’élaborer. Problème: «L’intérêt économique prime souvent sur la protection de l’environnement.»

«Changement générationnel»

«La voie judiciaire a le mérite de faire de la cause environnementale une réalité tangible, estime le professeur qui a participé à la rédaction du pacte. S’il est difficile de prévoir les chances de succès à Wellington, le cas illustre la prise de conscience à l’œuvre chez les jeunes. Il s’agit d’un vrai changement générationnel.»

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Valérie Cabanes, juriste spécialisée en droit international, auteure d’Un nouveau Droit pour la terre (Seuil, 2016) et membre fondateur de l’association française «Notre affaire à tous» va plus loin: «Les limites planétaires sont dépassées, la mobilisation citoyenne est un levier d’urgence pour faire plier les politiques.» A terme, elle plaide pour faire de la nature une entité juridique. «L’écosystème doit être protégé pour sa valeur intrinsèque. Elle conditionne le respect des droits de l’homme.» 

700 femmes mobilisées en Suisse

En Suisse aussi, les citoyens ont soif de «justice climatique». Le 23 mai, l’Association des aînés pour la protection du climat, coprésidée par la conseillère nationale verte Anne Mahrer, a saisi le Tribunal administratif fédéral pour faire respecter le droit fondamental à la santé. Une deuxième tentative après avoir essuyé un échec auprès du Département fédéral de l’environnement. La requête, déposée en novembre dernier, alertait sur les conséquences sanitaires du réchauffement climatique chez les aînés. Avec, comme exemple, l’hécatombe de la canicule de 2003.

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