A quelques jours de son investiture, le président américain élu provoque une onde de choc en Europe. Dans deux interviews publiées ce lundi matin en Grande-Bretagne et en Allemagne, il a notamment affirmé à propos de l’OTAN qu’elle est «obsolète», reprochant à ses Etats membres de ne pas payer leur part de la défense commune et de se reposer sur les Etats-Unis.

«J’ai dit il y a longtemps que l’OTAN avait des problèmes. En premier lieu qu’elle était obsolète parce qu’elle a été conçue il y a des années et des années» et «parce qu’elle ne s’est pas occupée du terrorisme. […] En deuxième lieu, les pays (membres) ne paient pas ce qu’ils devraient», a-t-il estimé.

Il a aussi visé la chancelière allemande Angela Merkel, à propos de sa politique face aux migrants: «Je pense qu’elle a fait une erreur vraiment catastrophique qui a été d’accueillir tous ces (migrants) illégaux, vous savez, prendre tous ces gens d’où qu’ils viennent. Et personne ne sait d’où ils viennent.»

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Les réactions pleuvent.

■ En Allemagne: «L’Europe doit défendre ses propres intérêts»

Le vice-chancelier Sigmar Gabriel a jugé lundi que l’Europe devait faire preuve «d’assurance» après ces critiques de Donald Trump: «Je pense que nous, Européens, ne devons pas tomber dans une profonde dépression. Je ne sous-estime pas ce que dit Trump sur l’OTAN, sur l’UE, mais faire preuve d’un peu d’assurance nous ferait du bien dans une telle situation», a dit au quotidien «Bild» Sigmar Gabriel, également ministre de l’Economie et chef des sociaux-démocrates alliés au gouvernement avec les conservateurs d’Angela Merkel.

Il ajoute: «L’Europe, dans la phase actuelle où nous sommes affaiblis, doit se ressaisir, elle doit agir avec assurance et défendre ses propres intérêts.»

■ A l’OTAN: une «inquiétude»

«Les déclarations du président élu Trump, qui considère l’OTAN comme obsolète, ont été reçues avec inquiétude», indique le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, en arrivant à une réunion ministérielle de l’UE juste après une rencontre bilatérale avec le chef de l’OTAN Jens Stoltenberg.

■ A l’Union européenne: pas d’accord avec la Grande-Bretagne «avant deux ans»

Le Commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici s’est montré lundi dubitatif sur la possibilité pour le Royaume-Uni et les Etats-Unis de conclure «rapidement» un accord de libre-échange, comme l’a souhaité Donald Trump: «Le Royaume-Uni pour l’heure est encore un pays membre de l’Union européenne», a souligné Pierre Moscovici lors d’une conférence de presse à Paris. «Mme May n’a pas encore même provoqué l’article 50 qui déclenche les négociations, et vous savez que les négociations dureront ensuite deux ans», a-t-il ajouté.

En attendant, «il ne peut pas y avoir d’accord de libre-échange qui soit conclu avec un pays membre de l’Union européenne, puisque vous savez que c’est une prérogative de la Commission européenne de négocier, que la politique commerciale est une politique qui a été transférée à l’Union européenne», a-t-il déclaré.

■ Au Royaume-Uni: un accord, mais «dans l’intérêt des deux parties»

«C’est une très bonne nouvelle que les Etats-Unis veuillent conclure un bon accord commercial avec nous, et veuillent le faire rapidement», a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson lundi matin à Bruxelles. Il a néanmoins ajouté que cet accord devait être «clairement dans l’intérêt des deux parties».

■ En France: le président élu veut «la destruction de l’Union européenne»

«La meilleure réponse à l’interview du président américain, c’est l’unité des Européens», c’est de «faire bloc», a déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault à son arrivée à la réunion de l’UE à Bruxelles.

Arnaud Montebourg, candidat à la primaire organisée par le PS, a mis en garde lundi contre «la destruction de l’Union européenne» souhaitée selon lui par Donald Trump, prônant notamment une forte hausse de certains droits de douanes. «Nous allons devoir prendre des mesures visant à construire des blocs très offensifs au sein de l’Union si nous voulons la sauver», a déclaré l’ancien ministre de l’Economie sur France Inter, «sinon nous allons donner raison à Donald Trump, qui a dans le viseur la destruction de l’Union européenne», a-t-il mis en garde.

■ En Chine: Donald va «se tirer une balle dans le pied»

Le futur président américain Donald Trump «se tirera une balle dans le pied» s’il persiste à vouloir renforcer les relations des Etats-Unis avec Taïwan, considérée comme une île rebelle par la Chine, a averti lundi un porte-parole du gouvernement chinois, réagissant à d’autres propos tenus dans les interviews données par le président élu.

L’investiture de Donald Trump a lieu ce vendredi.

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