Le président de la République italienne Giorgio Napolitano n'a visiblement pas apprécié. Pour sa part, le chef du gouvernement Silvio Berlusconi, embarrassé, s'est contenté, par la voix de son porte-parole, d'indiquer qu'il transmettra la demande. L'annonce par Nicolas Sarkozy qu'il entendait extrader l'ancienne terroriste des Brigades rouges Marina Petrella vers la Péninsule aurait pourtant pu réjouir les autorités transalpines. Depuis des années, en effet, Rome réclame le retour sur son territoire des anciens activistes d'extrême gauche qui ont ensanglanté le pays durant les années de plomb et qui ont ensuite trouvé refuge de l'autre côté des Alpes. Mais le chef de l'Etat français a ajouté qu'il allait demander dans le même temps la grâce pour l'ancienne militante armée.

Doctrine Mitterrand

«Conformément aux accords européens» et aux «décisions de justice françaises», Marina Petrella, 54 ans, arrivée en France en 1993 après avoir été condamnée à perpétuité pour l'ensemble des actes et les meurtres commis par les BR entre 1977 et 1982, sera renvoyée en Italie, a assuré mardi Nicolas Sarkozy. Mais dans le même temps, il a précisé qu'il avait aussi demandé à Silvio Berlusconi «de solliciter du président de la République italienne la grâce compte tenu de l'ancienneté de la condamnation et compte tenu de la situation psychologique et de santé» de Marina Petrella.

Arrêtée il y a quelques mois par la police française dans la banlieue parisienne, cette dernière est en effet actuellement dans le service psychiatrique de la prison de Fleury-Mérogis, victime d'une grave dépression. Son avocate Irème Terrel s'inquiète: «Ma cliente est en train de mourir.»

En France, Marina Petrella avait jusqu'à présent bénéficié de ce que l'on a appelé la doctrine Mitterrand. L'ancien président avait décidé de ne pas renvoyer vers l'Italie les activistes italiens qui acceptaient de renoncer à la lutte armée. «Il s'agit d'héberger ceux qui ont rompu avec la machine infernale du terrorisme, le proclament et ont abordé une seconde phase de leur vie», expliquait, en 1985, le président socialiste devant la Ligue des droits de l'homme. En France, Marina Petrella s'était rangée et avait entrepris une nouvelle existence, avec une nouvelle famille et un nouveau travail, dans le social.

Depuis 2001, en réaction aux attentats du 11 septembre et aux petits groupes armés italiens qui ont relancé la lutte armée, les autorités italiennes ont accentué la pression pour récupérer les anciens terroristes des années de plomb. Les gouvernements français qui, de droite comme de gauche, avaient jusqu'alors respecté la doctrine Mitterrand vont avec Jean-Pierre Raffarin puis avec le président Sarkozy changer d'attitude. Après Paolo Persichetti en 2002, les autorités françaises accepteront d'extrader l'écrivain Cesare Battisti (qui s'est enfui au Brésil) puis aujourd'hui Marina Petrella.

Jeudi, Nicolas Sarkozy a confirmé qu'il avait écrit au chef du gouvernement italien pour demander «à Silvio Berlusconi et Giorgio Napolitano le pardon». Officiellement, le président du Conseil ne veut pas s'en mêler. Le président français prétend pourtant qu'il serait favorable à une grâce. Dans ce contexte, Silvio Berlusconi a simplement fait savoir qu'il transmettra la requête de Nicolas Sarkozy à Giorgio Napolitano. Pour le Cavaliere, le sujet est délicat, certains de ses alliés politiques, à commencer par la Ligue du Nord, étant farouchement opposés à une grâce pour les ex-terroristes.

Le président de la République italienne, qui est le seul à pouvoir prendre une telle mesure, a émis un communiqué qui laisse transparaître son agacement. «Il y a des normes à respecter et des jurisprudences constitutionnelles.» «En général, pour obtenir la grâce, note Giovanni Bianconi, auteur de plusieurs livres sur les années de plomb, il faut que l'intéressé ait déjà effectué une bonne partie de sa peine ou encore qu'il y ait eu le pardon des parents des victimes.» Au grand dam des responsables politiques italiens, de droite comme de gauche, Nicolas Sarkozy semble l'avoir oublié.