Les milliards de l’ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh

L’histoire

A en croire l’ONU, l’ancien président yéménite serait l’un des hommes les plus riches du monde. Le Yémen est pourtant le pays le plus pauvre de la péninsule Arabique. Car, contrairement à ses voisins, il n’a pas d’accès au golfe Persique et à ses fabuleuses réserves d’hydrocarbures. Le président Ali Abdallah Saleh aurait pourtant amassé entre 32 et 60 milliards de dollars. L’explication de ce paradoxe tient peut-être à la durée de son règne sans partage: 33 ans. Soit 2 milliards de revenu par année, selon l’estimation la plus haute.

L’ex-président aurait obtenu des pots-de-vin contre des contrats pour l’exploitation du pétrole ou du gaz, dont le Yémen est un petit producteur. L’ONU l’accuse de s’être servi dans les caisses publiques et d’avoir recouru à l’extorsion forcée. Les milliards auraient été dispersés dans 20 pays, dont la Suisse. Ironie de l’histoire, le panel d’experts mandaté par le Conseil de sécurité de l’ONU compte une ancienne diplomate helvétique, Carmela Bühler. Il a récemment envoyé trois courriers à Berne lui demandant de geler les éventuels fonds de Saleh. Depuis 2014, le président déchu est soumis à des sanctions, de même que deux commandants rebelles. Outre le gel de leurs avoirs, ils ne peuvent plus voyager.

Si l’ONU s’est penché sur la fortune de l’ancien maître de Sanaa, c’est qu’elle l’accuse de soutenir en sous-main les rebelles houthistes, des combattants chiites autrefois combattus par Saleh qui ont pris la capitale en septembre dernier.

Ali Abdallah Saleh avait été forcé de quitter le pouvoir en 2012, après une insurrection du Printemps arabe. En échange, il a obtenu l’immunité. Une issue négociée avec les Etats-Unis et le puissant voisin saoudien qui, croyait-on, avait évité que le pays ne plonge dans l’abîme, comme la Syrie de l’indéboulonnable Bachar el-Assad.

Mais Ali Abdallah Saleh n’a pas abdiqué. Il continue de tirer les ficelles, organisant des manifestations antigouvernementales et des attaques contre des centrales électriques ou des installations gazières et pétrolières. Selon le panel d’experts de l’ONU, qui s’est rendu plusieurs fois sur place, la prise de Sanaa par les houthistes n’aurait pas pu se faire sans la complicité de l’ancien clan présidentiel.