C’est à la fois la première femme, et la première responsable originaire d’Afrique australe, à accéder à la tête de la Commission de l’Union africaine (UA). Nkosazana Dlamini Zuma a remporté, dimanche soir, une victoire difficile face au sortant, le Gabonais Jean Ping, lors d’un quatrième tour de scrutin entre chefs d’Etat réunis en sommet à Addis-Abeba.

Pendant son précédent sommet, en janvier, l’UA s’était déchirée lors d’une première tentative avortée de départager les deux candidats. Ce duel avait mis au jour les dissensions apparues sur le continent et au sein de l’UA dans la phase de réorganisation de l’influence, après la mort de l’un des piliers de l’organisation, Mouammar Kadhafi. Ces dissensions suivent en partie une ligne de fracture séparant anglophones et francophones. La redistribution de l’influence est plus complexe. Elle se définit sur une base géographique: les pays d’Afrique australe se sont rangés derrière l’Afrique du Sud, tandis que le Kenya et le Nigeria, deux piliers économiques de l’Afrique, étaient opposés à la candidature sud-africaine, comme l’était l’Ethiopie. Mais elle est également motivée par des positions politiques, avec des divergences qui remontent à la gestion de crises passées, à commencer par celle des violences post-électorales de Côte d’Ivoire, en 2010 et 2011.

L’Afrique du Sud avait soutenu l’ancien président Laurent Gbagbo, contre son adversaire, Alassane Ouattara, dont la victoire avait été certifiée par l’ONU. Depuis, le chef de l’Etat ivoirien est devenu le président de la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), très impliquée dans la gestion de la crise malienne. Le soutien de la nouvelle présidente de la Commission de l’UA pourrait lui faire défaut. Pendant la période intérimaire de six mois entre les deux sommets de l’UA, Jean Ping avait conservé son poste, mais la Commission s’était trouvée en partie paralysée, reportant d’importantes décisions, notamment au sujet de l’Amisom, la force de l’Union africaine déployée en Somalie.

Influence de Pretoria

Pourtant, lors de sa nomination comme candidate de l’Afrique du Sud fin 2011, Nkosazana Dlamini Zuma, alors ministre des Affaires intérieures, ne s’était pas montrée très enthousiaste. Son ancien mari, le président Jacob Zuma, a finalement eu gain de cause. La nouvelle élue a été pendant seize ans sa troisième épouse, sans être pour autant son alliée dans la lutte politique en cours en Afrique du Sud. Le point culminant de ces hostilités sera la conférence élective de Mangaung (Bloemfontein), qui doit décider fin 2012 qui prendra la tête du parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC).

Avec la victoire de Nkosazana Dlamini Zuma, l’Afrique du Sud fait la démonstration de son influence en Afrique, et de celle de son président dans son propre pays.