L’affaire a été rondement menée. Réunis cette semaine à Genève en vue de créer un réseau d’informations climatiques et d’aider ainsi l’humanité à affronter le réchauffement, les participants à la troisième Conférence mondiale sur le climat s’était donné jusqu’à vendredi après-midi pour conclure. Or, ils sont finalement tombés d’accord sur une déclaration dès jeudi à 1 heure du matin. Déclaration adoptée en milieu de matinée par acclamation et à l’unanimité des présents, représentants de la majorité des pays de la planète.

La déclaration, qui tient sur une simple feuille A4, est une feuille de route en cinq points.

La conférence convoquée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a décidé d’instaurer un «Cadre mondial pour les services climatologiques» destiné à «consolider la production, l’accessibilité, la fourniture et l’application de services et de prévisions climatologiques à base scientifique». Pour ce faire, le secrétaire général de l’OMM est prié de convoquer dans les quatre mois une réunion des Etats membres pour approuver le mandat et la composition d’une task force.

Cette task force aura ensuite douze mois pour établir un rapport sur la forme précise que pourrait prendre le «Cadre mondial». Sachant que ce travail ne commencera pas à zéro. La nouvelle institution est déjà décrite dans ses grandes lignes dans une «note d’information annexée». Elle aura pour but de donner un maximum d’informations climatiques aux décideurs des principaux domaines concernés, agriculture, santé, aménagement du territoire, etc. Et elle devrait se déployer dans quatre champs d’activité: l’observation, la modélisation (pour réaliser les meilleures prévisions possible), la communication (pour diffuser l’information) et l’interactivité avec les usagers (pour adapter l’offre à la demande).

Le rapport devra enfin être transmis aux Etats membres de l’OMM, pour examen lors du Congrès météorologique mondial qui doit se réunir en 2011, ainsi qu’au secrétaire général de l’organisation.

Les négociations se sont déroulées dans un climat serein. Personne n’ayant émis d’opposition de principe, seules les caractéristiques du réseau ont été discutées à Genève. Les débats ont fait ressurgir les lignes de fracture habituelles entre les pays développés et les pays en développement, d’une part, entre les pays qui privilégient le cadre de l’ONU et ceux qui s’en méfient, de l’autre. Ils ont également reflété la réticence de certains Etats à partager des informations même climatiques avec leurs voisins pour cause d’hostilité ouverte ou de concurrence acharnée. Mais les avantages d’une collaboration ont fini par l’emporter.

«C’est un point de départ, commente Bruno Oberle, directeur de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Un point de départ comme nous en connaissons régulièrement. Tout n’est pas dit, c’est certain, mais le mandat est clair et les délais aussi. Il y a donc de quoi être content à ce stade.»

«Cette initiative est importante en elle-même parce qu’elle est susceptible de sauver des millions de vies, insiste le conseiller fédéral chargé de l’environnement, Moritz Leuenberger. Mais elle l’est aussi parce qu’elle devrait favoriser les investissements. Et puis, l’unanimité acquise ici est un bon signe à trois mois de la Conférence de Copenhague.» Un bon petit signe avant le grand marchandage sur le cœur du problème, les émissions de gaz à effet de serre.

«Tout n’est pas dit, mais le mandat est clair et les délais aussi»