Croqués à grands traits ou racontés dans leurs moindres travers, les Grands de la planète sont tous épinglés dans un ou plusieurs des 250 000 télégrammes de la diplomatie américaine révélés par la presse internationale. Exemples de portraits hauts en couleur.

Le chef de l’Etat libyen, Mouammar Kadhafi, est «d’humeur inégale et excentrique», révèle un câble transmis depuis Tripoli à Washington en septembre 2009. «Il compte énormément sur son infirmière ukrainienne de longue date, Galyna Kolonystka, qui a été décrite comme une «blonde voluptueuse».» Tout en évoquant l’hypothèse d’une «relation romantique» entre ladite infirmière et le colonel, le document souligne la phobie de ce dernier pour les «séjours en étages élevés», les «vols au-dessus de l’eau» et son goût pour l’équitation et le flamenco.

Dans un registre moins léger, l’ambassade des Etats-Unis à Harare dépeint le président Robert Mugabe en être «plus intelligent et impitoyable qu’aucun autre politicien au Zimbabwe». Ce «brillant tacticien» est cependant handicapé par son «ego et la conviction qu’il a de sa propre infaillibilité […]; son ignorance profonde des problèmes économiques.»

Les dirigeants européens en prennent également pour leur grade. Ainsi, le Français Nicolas Sarkozy est décrit en président «susceptible et autoritaire», en «roi nu», aussi. La chancelière allemande Angela Merkel a, elle, «peur du risque et fait rarement preuve d’imagination», tandis que Guido Westerwelle, son ministre des Affaires étrangères, est vu comme «une personnalité exubérante». Le premier ministre britannique David Cameron et le chancelier de l’Echiquier George Osborne «manquent de profondeur», d’après Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre cité par l’ambassadeur américain à Londres. Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero, ferait, lui, usage de «la politique extérieure pour gagner des points sur la scène espagnole plus que pour s’occuper des priorités basiques de la politique étrangère». En Italie, l’agence Ansa relatait hier que le président du Conseil, Silvio Berlusconi, avait «bien rigolé» en découvrant ce que pensait de lui la diplomatie américaine. Il est, révèlent plusieurs câbles, «irresponsable, imbus de lui-même et inefficace en tant que dirigeant européen moderne». A cause de ses «longues nuits sans sommeil et de son penchant pour les fêtes […] il ne se repose pas suffisamment.»

Du côté de Moscou, l’ambassade des Etats-Unis mentionne un Dmitri Medvedev «falot et hésitant», le «Robin du Batman joué par Poutine», qui est lui «le mâle dominant» d’une Russie quasiment transformée en «Etat mafieux». Si le président afghan Hamid Karzaï est qualifié d’«extrêmement faible», son frère Ahmed Wali Karzaï «est largement considéré comme corrompu et comme un trafiquant de drogue».