«L’affaire de corruption la plus grave de l’histoire d’Israël.» C’est en ces termes que la police israélienne qualifie le dossier «Holyland», un complexe immobilier pharaonique érigé au sommet de l’une des plus belles collines de Jérusalem, qui défraye la chronique judiciaire depuis le début de la semaine dernière.

Ce projet de 1996 prévoyait normalement la construction de trois hôtels de grand luxe, mais sa finalité a été changée en catimini durant les travaux. Mille appartements réservés à des particuliers sont donc finalement sortis de terre sans que les services de la municipalité n’y trouvent à redire.

Quatorze ans d’enquête

Au terme de quatorze ans d’une enquête confidentielle, la police vient pourtant d’arrêter les cinq promoteurs immobiliers impliqués dans cette manipulation. Documents bancaires à l’appui, l’un d’entre eux a reconnu avoir obtenu le permis de bâtir initial ainsi que les dérogations lui permettant de transformer les chambres d’hôtel en appartement en «arrosant» des fonctionnaires de tous niveaux. Y compris Ouri Lupoliansky, le successeur d’Ehoud Olmert à la tête de la ville sainte entre 2003 et 2008, qui à été arrêté mercredi dernier.

A en croire les enquêteurs, les perquisitions en série effectuées ces dernières semaines auraient également permis de découvrir des éléments démontrant que le pacte de corruption a été scellé lorsqu’Ehoud Olmert était maire de Jérusalem (1996-2003). Celui-ci en serait le principal bénéficiaire puisqu’il aurait reçu un «cadeau» de 700 000 euros.

Certes, l’ex-premier ministre nie tout en bloc, mais la police affirme détenir des éléments permettant son arrestation. Cela, indépendamment des trois autres dossiers de corruption pour lesquelles il comparaît devant un tribunal de Jérusalem depuis septembre 2009.

«Cette affaire est importante parce qu’elle se déroule dans une ville à laquelle la plupart des Israéliens accordent un caractère particulier. Mais elle est emblématique car au-delà de la ville sainte, la corruption se développe dans toutes les couches de la société israélienne», affirme l’ex-ministre de l’Intérieur, Ofir Pines (travailliste), qui a précisément quitté la vie publique de son pays en se déclarant «dégoûté» de ce qu’il y voyait.

Depuis la création de l’Etat hébreu (1948), plusieurs scandales retentissants ont éclaboussé la classe politique locale. Mais c’est à partir de l’an 2000, alors que les dirigeants israéliens accusaient Yasser Arafat et la direction palestinienne de détourner l’aide internationale, que les «affaires» se sont multipliées.

Une centaine d’enquêtes

En août 2000, le président de l’Etat Ezer Weizman a ainsi été contraint de démissionner dans le déshonneur en raison de son implication dans des ventes d’armes à l’étranger. Certes, il n’a pas été inculpé, parce que les faits qui lui étaient reprochés étaient prescrits.

Quelques mois plus tard, c’est Ariel Sharon et ses fils qui ont été suspectés de rentrées financières non déclarées. Omri Sharon, l’aîné, a d’ailleurs été condamné à 6 mois de prison ferme pour le financement illégal de l’une des campagnes électorales de son père.

Le 2 septembre 2009, Avraham Hirshzon, l’ex-ministre des Finances d’Ehoud Olmert, a commencé à purger une peine de 5 ans et 5 mois de détention pour détournement de fond. Le même jour, son ex-collègue du Travail et de la Santé, Shlomo Benizri, qui avait perçu des pots-de-vin, a également été enfermé pour quatre ans. Pour l’heure, une centaine d’enquêtes visant des élus locaux et nationaux sont toujours en cours.