France

Une habitante corse: «Ici c’est catholique, pas musulman»

Tensions sur l’Ile de beauté après les heurts intercommunautaires du week-end

C’était, lundi 15 août, jour férié de l’Assomption, l’ouverture de la chasse au sanglier en Corse. «X [un musulman] est parti à la chasse avec les autres. Après, je ne sais s’il en mange ou pas.» Pour Pascaline (prénom modifié), jointe hier par téléphone, il n’y a pas de racisme anti-arabe ou antimusulman sur l’Ile de beauté. Selon cette «habitante du rural», électrice nationaliste (elle vote pour Inseme per a Corsica, le parti de Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif de Corse), les heurts qui ont opposé, samedi, trois familles musulmanes à des habitants de Sisco, un village situé non loin de Bastia, en Haute-Corse, ne sont pas des «heurts» mais «la réaction d’une population qui refuse les provocations de l’intégrisme musulman». «Ensuite, ajoute-t-elle sous couvert d’anonymat, il faut savoir que les Corses ne se laisseront pas imposer des traditions qui ne sont pas les leurs. Ici, c’est catholique, pas musulman. La construction d’une mosquée dans un village, ça ne passerait pas.»

Tenus deux jours après les graves incidents de la plage de Sisco, qui ont fait des blessés, ces propos rendent probablement compte d’un sentiment sinon majoritaire en Corse, du moins répandu dans une population entretenant un rapport parfois exacerbé à son identité.

Que s’est-il passé samedi en fin d’après-midi, dans la crique de Scalu Vechju, près de Sisco? Trois hommes accompagnés de leurs épouses voilées et de leurs enfants sont installés, quand une personne non identifiée – un vacancier, selon des témoins de la scène, rapporte le journal «Le Monde» – prend des photos de l’endroit, s’attirant la réprobation des musulmans précités. Au même moment, un adolescent, ressortissant local, filme la scène avec son téléphone portable, alors que deux femmes se baignent en burkini et en djellaba, selon des témoignages cités par l’hebdomadaire «Le Point». L’un des musulmans s’énerve et frappe l’adolescent au visage, également d’après des témoins. C’est l’engrenage.

Coups de flèche de harpon

«Le Monde» raconte: «Paniqués, [des] jeunes gens appellent à la rescousse leurs parents, qui ne tardent pas à accourir accompagnés d’une quarantaine d’habitants du village. L’un d’eux reçoit deux coups de flèche de harpon dans le bassin en tentant de protéger son fils, également blessé. La situation s’embrase aussitôt. L’un des adultes d’origine maghrébine est molesté puis précipité sur le bas-côté de la route. Un autre est frappé. Tous deux seront finalement évacués vers le centre hospitalier de Bastia, où sont aussi transportés le père et le fils blessés.» Des CRS et gendarmes mobiles arrivent, tentent d’établir un cordon de sécurité autour des familles musulmanes. La tension est extrême, les voitures des musulmans sont incendiées. Il faudra plusieurs heures pour rétablir le calme.

Dimanche, une manifestation de près de 400 personnes rassemblant des habitants de Sisco s’est tenue devant la mairie de Bastia puis dirigée vers la préfecture. Quelque 200 personnes ont pris ensuite la direction du quartier populaire de Lupino où résideraient les familles d’origine maghrébine impliquées dans les incidents, selon le récit du «Monde». Les forces de l’ordre ont freiné cette marche. Ont retenti des «On est chez nous!» Les manifestants ont reflué, le calme est revenu, précaire. Le maire de Sisco, Ange-Pierre Vivoni, un socialiste, a pris dimanche un arrêté interdisant le port de tout signe religieux distinctif dans les lieux publics.

L’ensemble des élus corses condamne les incidents. Les deux leaders nationalistes Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni ont dit leur «refus de toute réaction inappropriée». Ces tensions rappellent celles de décembre 2015 dans les Jardins de l’empereur, un quartier ghetto d’Ajaccio, lorsque des Corses avaient monté une «expédition punitive» qui comptait s’en prendre à des jeunes de ce quartier, incendiaires présumés d’un véhicule de pompiers tombés dans une embuscade. «On ne touche pas aux pompiers. Les pompiers, c’est sacré. Sur le continent ce n’est peut-être pas le cas, mais chez nous, oui», poursuit Pascaline.

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