Elégant, zen, poli: avec son profil de gendre idéal, Ali Soumaré offre l’exemple parfait d’une «réussite républicaine» issue des banlieues françaises. Mais aujourd’hui, le jeune chef de file socialiste du Val-d’Oise, au nord de Paris, fait parler de lui pour une raison toute différente: son passé judiciaire, exhumé par ses adversaires de droite, qui embrase la campagne des élections régionales.

Selon Francis Delattre, maire UMP de Franconville, dans le Val-d’Oise, Ali Soumaré a été condamné, depuis 1999, pour «vol aggravé», «vol avec violence et carte de paiement contrefaite», conduite sans permis et «rébellion» pour avoir, selon un jugement du 13 octobre 2009, «résisté avec violence» à un policier.

La mairie de Franconville affirme précise qu’elle a obtenu ces informations légalement, auprès du tribunal, par une procédure accessible à tous. Mais selon la procureure de la République de Pontoise, la seconde affaire, celle du vol avec violence et carte falsifiée, ne concerne pas l’élu socialiste, mais un homonyme jugé par un tribunal pour enfants.

Ali Soumaré a porté plainte pour diffamation, violation du secret professionnel et atteinte à la présomption d’innocence. Il reconnaît avoir commis une «erreur de jeunesse» en volant un téléphone portable en 1999, quand il avait 17 ans. Ce fait lui avait valu un séjour de six semaines de prison, et aurait provoqué chez lui un «déclic» salutaire.

Dans son entourage, on rappelle qu’Ali Soumaré avait servi, en 2007, de porte-parole aux familles de deux adolescents tués dans un choc avec une voiture de police, à Villiers-le-Bel, en novembre 2007. L’accident avait déclenché les pires émeutes qu’ait connu la France depuis la crise des banlieues, deux ans plus tôt. «Il a joué un rôle de pacificateur social, ajoute un proche. Il a calmé tout le monde et empêché que Villiers n’explose.»

Fort de son statut de médiateur, Ali Soumaré gravit les échelons au PS. Lorsque des rumeurs se répandent au sujet de son passé judiciaire, l’automne dernier, il les écarte résolument. «C’est parce que je suis noir qu’on se pose ces questions sur moi?», demande-t-il au Monde. Aurait-il dû parler de ses antécédents? C’est l’argument de Francis Delattre, qui estime que «les électeurs ont le droit de savoir pour qui ils vont voter».

Mais la question fait bondir ses partisans. «Il n’y a pas besoin de casier judiciaire pour être éligible, rappelle le proche précité. C’est totalement stigmatisant de lui demander de parler, lui, à ses électeurs», alors que plusieurs élus de la droite parisienne (Jean Tibéry, Patrick Balkany, Charles Pasqua...) ont été condamnés pour malversations. Même son ennemi Francis Delattre a été mis en examen dans une affaire de corruption, dans les années 1990. Mais selon la mairie de Franconville, il a été blanchi.

L’affaire Ali Soumaré illustre l’extrême difficulté, pour les candidats dits «de la diversité», à percer au sein de la classe politique française. Elle rappelle aussi à quel point le personnage du médiateur ou du «grand frère», incontournable dans les banlieues, peut être source d’embarras pour les partis traditionnels.

Ainsi, en 2007, le maire de Corbeil-Essonnes Serge Dassault, propriétaire du Figaro et de l’entreprise d’aviation du même nom, avait été mis en cause pour des dons en liquide remis à plusieurs «grands frères» chargés de maintenir la tranquillité dans le quartier déshérité des Tarterêts. Déclaré inéligible, il a dû quitter son poste de maire à l’automne dernier.