Retour à Kaboul. L’an dernier, dans les neiges de janvier 2008, une tournée de quelques jours aux côtés du général Bantz Craddock, chef d’état-major de l’Otan m’avait permis de mesurer l’impasse dans laquelle se trouvait alors la mission de pacification et de reconstruction de l’Afghanistan.

Le jour même de notre arrivée dans la capitale afghane, un attentat suicide contre le prestigieux hôtel Serena avait démontré, au vu et au su de tous, la capacité d’action des insurgés. La coalition paraissait engluée. La guerre avait repris le dessus. L’unilatéralisme et l’autisme de l’administration Bush pesait comme un boulet. Le choix du Conseil fédéral de retirer les deux officiers suisses déployés au sein du bataillon allemand de l’ISAF, la Force internationale d’assistance composée aujourd’hui de 41 pays, pouvait apparaître fondé.

La question, un an après, n’est bien sûr pas de revenir sur cette décision. Le nouveau chef du département de la Défense Ueli Maurer nous a redit, début février, son opposition à toute participation militaire suisse lors de la conférence sur la sécurité de Munich. Mais faut-il pour autant estimer que la Confédération n’a plus rien à faire sur ce théâtre déterminant, où se jouera en 2009 la crédibilité du partenariat transatlantique rénové à l’ordre du jour depuis l’entrée en fonction de Barack Obama?

Le moment n’est-il pas au contraire venu, pour la Suisse, de rappeler à ses interlocuteurs de l’UE et de l’Otan qu’elle n’est pas hostile à une contribution ciblée, matérielle, financière et civile? Un geste d’autant plus crédible qu’il serait moins directement lié à la défense directe des intérêts nationaux comme c’est le cas pour Atalante, l’opération anti-piraterie de l’UE dont profitent les navires battant pavillon helvétique…

On jugera mon propos biaisé. A preuve, j’écris ces lignes depuis le dortoir improvisé de la FOB (Forward operation base) de Tora, au-dessus de la vallée d’Uzbeen où dix soldats français furent tués, en août 2008, dans l’une des plus meurtrières embuscades récentes tendue par les Talibans. Et pourtant. Faut-il ignorer que l’année 2009 sera, ou non, celle du tournant afghan?

Toutes les interviews d’officiers recueillies depuis mon arrivée concordent pour dire que la réorganisation de l’aide civile, et surtout l’amélioration de sa transparence sont indispensables pour gagner les cœurs d’une population que l’approche des élections présidentielles, le 20 août prochain, va à l’évidence rendre fébrile. Or la Suisse, dans ce contexte, fait partie de ces drapeaux qui comptent dans une coalition en cruel besoin de légitimité.

Une conférence ministérielle extraordinaire sur l’Afghanistan aura lieu le 31 mars prochain, à la veille du sommet de l’Otan les 3 et 4 avril. Il y sera question de bilan, mais aussi d’expertise, d’analyse, de «niches» civiles à remplir pour consolider l’Etat afghan et le réconcilier avec sa population. Car les militaires internationaux déployés ici, dans ces montagnes où chaque patrouille ou presque est pistée par des guetteurs talibans, savent qu’ils n’obtiendront rien au bout de leurs fusils sans un rétablissement de la confiance.

La Confédération, évidemment, n’est qu’un maillon de cette chaîne. Ses livraisons de matériel médical à l’ISAF, qui se sont poursuivies en 2008, ne sont qu’une goutte d’eau à l’échelle du dispositif allié. Mais au fur et à mesure que sera dressée la liste des nouveaux besoins pour l’Afghanistan, Berne ferait bien d’y prêter une oreille attentive. Le fait d’avoir refusé, hier, de cautionner une stratégie d’escalade militaire n’empêche en rien de demeurer un partenaire à l’écoute, prêt à rediscuter du fardeau commun.