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Une Indignée en passe de diriger Barcelone

Ada Colau est arrivée en tête dimanche dans la capitale catalane. A Madrid, la municipalité pourrait être dirigée par l’ancienne juge Manuela Carmena. Les partis émergents Podemos et Ciudadanos confirment leur poussée lors de ces municipales et régionales

Une Indignéeen passe de diriger Barcelone

Espagne Ada Colau est arrivée en tête dimanche dans la capitale catalane

Podemos et Ciudadanos confirment leur poussée lors des municipales et des régionales

De son propre aveu, elle a toujours eu la larme facile. Mais, ce dimanche soir vers 23 heures, au moment de monter sur l’estrade et de commenter les résultats la donnant vainqueur, ce fut le chant des pleurs. Il lui fallut du temps pour sécher son visage, retrouver son aplomb et chanter en chœur avec les siens ce slogan qu’elle a si souvent entonné: «Si, se puede» («oui, c’est possible»). L’incroyable s’est en effet produit: à seulement 41 ans, mère d’un enfant, l’ancienne okupa (squatteuse militante) a remporté les élections municipales à Barcelone, la deuxième ville du pays, capitale économique et culturelle. Avec 21 élus, Ada Colau devance le nationaliste et démocrate-chrétien catalan Xavier Trias, le maire sortant, un notable qui semblait indéboulonnable. Selon toute vraisemblance, avec l’appui de trois petits partis acquis à sa cause, elle sera prochainement «Madame le maire». Une femme qui, il y a moins d’une décennie, tirait le diable par la queue, obligée de changer sans cesse de domicile.

Au même moment, à Madrid, une autre énorme surprise s’est produite. L’ancienne magistrate Manuela Carmena, 71 ans, qui n’a jamais exercé la politique durant sa carrière, obtient 20 élus, juste derrière l’ultra-favorite Esperanza Aguirre, un poids lourd chevronné du Parti populaire (LT du 23.05.2015). Et très loin devant les socialistes ou les communistes. C’est la liesse parmi les nombreux supporters de la candidate de Ahora Madrid (Madrid maintenant): ils savent que la leader conservatrice ne pourra gouverner sans l’appui des socialistes. Manuela Carmena, logiquement, devrait obtenir ce soutien: on l’annonce déjà comme la future maire de la capitale, après vingt-huit ans d’hégémonie municipale de la droite. Pour la première fois, si son intronisation se confirmait, une personne issue de la société civile prendrait les rênes de la capitale espagnole. «Ce n’est pas moi qui vais gouverner, a-t-elle clamé, euphorique et un brin populiste. C’est vous, les gens de la rue, qui allez le faire à travers moi et mon équipe!»

Certes, le scrutin ne se résume pas au score historique réalisé par ces deux femmes, placées sous les projecteurs des médias. Globalement, le Parti populaire au pouvoir central a remporté les élections en nombre de suffrages, suivi par le Parti socialiste, qu’on disait toutefois moribond. Ceux qui avaient prédit la fin du bipartisme en sont donc pour leurs frais. Aux précédentes élections de 2011, les deux partis historiques («l’establishment», comme disent les forces émergentes) monopolisaient 72% des voix, ils en ont recueilli dimanche 62%. «Pourtant, analyse Jesus Maraña, du journal numérique Infolibre, le changement est très important. Ces formations ont perdu 3,3 millions de voix et 13 points. Et surtout, le temps des majorités absolues est révolu. Il va leur falloir sceller des alliances avec d’autres formations pour pouvoir gouverner dans les grandes municipalités et les parlements régionaux.»

C’est là que les partis émergents (les Indignés de Podemos, qui soutiennent Ada Colau et Manuela Carmena, et les centristes de Ciudadanos) vont jouer un rôle crucial. A Madrid, Barcelone, mais aussi à Saragosse, Cadix ou La Corogne, il est plus que probable qu’ils prennent les commandes des municipalités – un événement électoral sans précédent. Ailleurs, Podemos (Nous pouvons) ou Ciudadanos (Citoyens) forment des groupes municipaux – ou parlementaires – plus modestes. «Pour autant, souligne le sociologue Juan José Toharia, leur rôle de charnière va être crucial puisque nulle part, les grands partis ne peuvent former un gouvernement majoritaire sans leur appui.»

Ceux-ci ont donc commencé à les courtiser ou à entamer des négociations pour les soutenir. Mais les nouveaux venus entendent ne pas renoncer à leurs promesses électorales et exhibent leurs exigences. A Barcelone, Ada Colau a confirmé hier la fin des voitures officielles, une diminution drastique du salaire du maire et des élus. A Madrid, Manuela Carmena a garanti l’électricité aux familles modestes, certaines compagnies ayant ces derniers temps coupé le courant à des centaines de foyers n’ayant plus les moyens d’honorer leurs factures.

Au niveau national, les formations nées de la contestation citoyenne se refusent à jouer les seconds couteaux. «Nous avons entamé une ascension pour aller jusqu’au sommet, pas pour faire de la figuration», a insisté le leader de Podemos, Pablo Iglesias. «Pas question de se contenter de monnayer l’appui à tel ou tel. C’est le contenu des politiques qui nous intéresse», a renchéri le chef de file de Ciudadanos, Albert Rivera. Les législatives de novembre permettront de mesurer leur force réelle.

Le Parti populaire au pouvoir a remporté les élections en nombre de suffrages

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