Vicha Ratanapakdee est mort deux jours après avoir été violemment jeté à terre dans une rue de San Francisco. L’homme, d’origine thaïe, avait 84 ans. La scène, filmée par une caméra de surveillance, montre son agresseur de 19 ans se précipiter vers lui, le pousser d’un geste brusque et s’enfuir. Diffusée fin janvier sur les réseaux sociaux, elle a provoqué un vif émoi au sein de la population américaine d’origine asiatique. Car depuis plusieurs semaines, les agressions et les actes de vandalisme visant les Asiatiques ont redoublé en intensité. Mardi, la fusillade qui a fait huit morts, dont six femmes d’origine asiatique, dans trois salons de massage à Atlanta, a ravivé ces craintes. Les motifs du tueur ne sont pas encore clairs - il a lui-même nié avoir agi par «racisme» - mais, déjà, les peurs au sein de la communauté s’expriment.

Des boucs émissaires

Le contexte de la pandémie n’est pas étranger à la vague de violences anti-asiatiques. Cofondateur du site Stop AAPI Hate (AAPI, pour Asian American and Pacific Islander), qui répertorie les incidents racistes en lien avec le coronavirus, Russell Jeung, par ailleurs professeur d’études américano-asiatiques à l’Université de San Francisco, attribue cette violence au «racisme sous-jacent, historique, qui prend la forme du stéréotype du «péril jaune», selon lequel les Asiatiques sont des menaces pour l’Occident avec leurs «maladies et leurs hordes». «Lorsque les épidémies viennent d’Asie, les gens cherchent des boucs émissaires, et cela se traduit ici par des attaques», ajoute-t-il. Pour lui, «la rhétorique haineuse du président Trump a clairement exacerbé la situation, en associant le virus aux Chinois». Selon un rapport de Stop AAPI Hate publié mardi, près de 70% des personnes d’origine asiatique interrogées depuis mars 2020 déclarent avoir été au moins victimes de harcèlement verbal.