Quand elle travaillait au Département d’Etat et qu’elle était en mission à l’étranger, par exemple au Pakistan, elle était préparée à prendre les mesures qui s’imposent en cas de problème de sécurité dans une ambassade. Avoir des vivres à disposition, fermer à clé le local où l’on se trouve et s’éloigner des fenêtres. Caitlyn Kim ne travaille plus pour le service diplomatique des Etats-Unis, mais est journaliste parlementaire pour la Colorado Public Radio, qui fait partie du réseau radiophonique NPR. Elle ne pensait toutefois pas qu’elle allait devoir recourir à Washington aux mesures sécuritaires qu’elle avait apprises pour faire face à des problèmes de sécurité à l’étranger. Elle ne s’attendait pas à ce que des extrémistes pro-Trump prennent d’assaut le Capitole, où elle couvre depuis un an et demi les débats du Congrès américain.

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Odeur de fumigènes

«En début de journée, le 6 janvier, se remémore Caitlyn Kim, je suivais les débats de la Chambre des représentants au sujet de l’approbation des résultats de la présidentielle. Puis je suis sortie pour me rendre au bâtiment du Sénat, où se trouve mon bureau. J’ai entendu des manifestants en train de frapper à la porte à proximité de la Rotonde du Capitole. J’ai demandé à un policier: «Y a-t-il un risque qu’ils puissent s’introduire dans le bâtiment?» Il n’a pas su me répondre.»

Une fois dans la pièce où se trouvent son bureau et plusieurs journalistes américains, elle pense pouvoir néanmoins travailler. Mais l’alarme s’est rapidement déclenchée. Les manifestants s’étaient introduits dans le bâtiment. «Je pouvais les entendre crier «USA, USA», «Arrêtez de compter [les votes]», «Trump, Trump.» Dans les couloirs, elle croise des employés du Congrès qui transportent, pour les mettre en lieu sûr, les boîtes contenant les certifications des votes pour la présidentielle remises par les 50 Etats. Elle envoie un texto à ses parents pour les rassurer et communique par Slack avec sa responsable à la Colorado Public Radio, qui était inquiète. «Je pensais avoir une longue journée avec les objections républicaines au comptage des votes des grands électeurs. Ça a été très long, mais pas pour les raisons que j’imaginais.»

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Après avoir senti l’odeur des fumigènes, elle n’en revient pas. Elle le tweete: «It’s bonkers», «c’est complètement fou». Pour elle, le Capitole lui semblait être un endroit très sécurisé. A chaque fois qu’elle s’y rend, elle doit montrer patte blanche, présenter son badge et passer par un détecteur de métaux. «Même autour du Capitole, c’est très sécurisé», relève-t-elle, déplorant que le symbole de la démocratie américaine ait été saccagé.

Surmonter la peur

Pour cette quadragénaire américaine de la côte Est, diplômée du Wellesley College, de l’Université Johns Hopkins et de la London School of Economics, qui a travaillé plusieurs années pour le gouvernement américain, l’épisode a choqué. «C’est surréaliste», dit-elle. Effrayée par ce déferlement de violence, Caitlyn Kim parle avec ses confrères et consœurs journalistes, dont certains ont peur de revenir au Congrès. Mais pour elle, si elle voulait surmonter le choc, il fallait retourner sur son lieu de travail. Le lendemain, elle se rend au Capitole, qui a retrouvé le calme. Mais elle constate l’ampleur des dégâts causés.

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Ces événements ont-ils changé sa perception du pays? «Non. A travers les reportages que je réalise un peu partout aux Etats-Unis, je peux prendre la température du pays, constater la pauvreté qui est visible en certains endroits. Quant au déferlement de violence, il ne m’a pas surprise non plus. Cet été, certaines manifestations ont également donné lieu à des violences. «Mais il est certain que ces événements vont altérer la manière dont on est perçu à l’étranger. Cela va alimenter les critiques de pays qui se réjouissent de voir les Etats-Unis affaiblis, notamment la Russie et la Chine. C’est triste.»

Bien que secouée par l’assaut du Capitole par des éléments notamment d’extrême droite, la journaliste de la Colorado Public Radio croit toujours en son pays. Sa foi en la capacité des Etats-Unis de surmonter ce triste chapitre de son histoire demeure. «Mais ça prendra du temps», lâche-t-elle, bien qu’elle se fasse peu d’illusions sur la capacité des deux partis politiques, les républicains et les démocrates, à travailler ensemble dans un esprit bipartisan. «Les jeunes parlementaires, conclut-elle, tendent à être très partisans.»

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